Opéra
“Ercole amante”, à l'Opéra de Paris : l’éclat du consentement
“Ercole Amante”, opéra en 5 actes d’Antonia Bembo. Opéra national de Paris. © Bernd Uhlig
L’opéra Bastille, à Paris, présente actuellement Ercole amante (« Hercule amoureux »), un opéra de 1707 inédit, puisqu’il n’avait jamais été programmé en France et n’a été créé qu’en 2023 ! Unique opéra de l’Italienne Antonia Bembo, qu’elle a écrit à ses vieux jours, il donne corps à une version bien peu recommandable du célèbre demi-dieu… Une œuvre complexe et visionnaire, qui mérite amplement d’être (re)découverte.
« Hercule est amoureux. Toutes aux abris ! Composé par Antonia Bembo sur un livret de Francesco Buti, Ercole amante est un opéra baroque joué sur scène pour la première fois à l’Opéra de Paris, et peut-être même dans l’histoire de cette partition, puisque rien n’atteste qu’il en ait été donné des représentations jusqu’ici. Le destin de cette œuvre réjouissante vaut à lui seul le déplacement. Antonia Bembo, artiste italienne originaire de Venise, fuit un mari violent et trouve refuge à Paris, où Louis XIV lui apporte un soutien financier comme chanteuse, puis comme compositrice – essentiellement de cantates. En 1707, Antonia Bembo s’empare du livret adapté des Trachiniennes, de Sophocle, et crée, à 67 ans, le seul opéra qui nous soit connu d’elle.
À travers les mailles du filet ?
Dans cet Ercole amante, Hercule (Héraclès chez les Grecs) tente de séduire sa très jeune belle-fille, fiancée à son fils Hyllus, et délaisse sa femme Daienira (Déjanire). Patriarche vulgaire, mari indigne, prédateur sexuel patenté, Hercule fait imploser sa famille et l’ordre social dans le seul but d’assouvir son désir. On croirait cet opéra écrit après #MeToo ! Dans la généreuse mise en scène de la Britannique Netia Jones (une dizaine de tableaux variés, dont un sublime mobilisant des images de spectres), le problème du consentement est symbolisé par un motif : les structures métalliques du décor, qui forment un cadre à la fois inflexible mais au travers duquel on peut toujours passer...
L’ambivalence du consentement
Car la notion de consentement porte en elle une ambivalence, comme l’analyse la philosophe Geneviève Fraisse :
“Tel est l’autre sens du consentement : non pas l’acte volontaire, l’expression d’un oui d’adhésion à une proposition, mais un geste de compromis, où il faut démêler l’écheveau du oui et du tant pis, de l’accord et de l’asservissement. Le consentement a alors une valeur négative. Voici l’entrée en scène de la domination masculine”
Geneviève Fraisse, Du consentement (2007)
Dédié à Louis XIV, l’opéra se clôt sur une note ambiguë, puisqu’Hercule, trépassé après avoir enfilé une tunique empoisonnée, fait derechef l’objet d’un culte, depuis l’au-delà. Inoffensif, il peut à nouveau être adoré ? La musique, qui allie la virtuosité de l’opéra italien à des passages dansés ou des airs de cour, dans la tradition française, est l’autre belle découverte de cette œuvre complexe et visionnaire. »
Ercole amante, opéra en 5 actes d’Antonia Bembo, joué à l’opéra Bastille, à Paris, jusqu’au 14 juin. Infos pratiques.
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