Un classique éclaire le présent

Et si l’enracinement était (aussi) une valeur de gauche ?

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Et si l’enracinement était (aussi) une valeur de gauche ?

Simone Weil. © Wikimedia Commons

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Le Premier ministre François Bayrou, après avoir évoqué un « sentiment de submersion migratoire », entend relancer le débat sur ce que signifie « être français ». Une partie de la gauche s’indigne. Pourtant la philosophe Simone Weil, avec la notion d’enracinement, en appelait à un patriotisme éloigné de tout nationalisme.


 

Qu’est-ce qu’être français ? Le débat est rouvert. Le 6 février dernier, l’Assemblée nationale a été le théâtre d’affrontements verbaux entre députés de droite et d’extrême droite, et députés de gauche. En cause, une proposition de loi portée par Les Républicains qui vise à restreindre le droit du sol à Mayotte. Invité le 8 février sur RMC, le Premier ministre François Bayrou est revenu sur cette question et a tenté de l’élargir. Le maire de Pau a plaidé pour « un débat public approfondi » autour de sujets qui « fermentent depuis des années » : « Qu’est-ce que c’est qu’être français ? Et en quoi ça vous engage à être membre d’une communauté nationale? À quoi croit-on quand on est français ? » Dans la même journée, le ministre de la Justice Gérald Darmanin surenchérissait dans les colonnes du Parisien : « Aujourd’hui, il n’y a pas d’effort à devenir français, et je pense qu’il faut un effort pour le devenir. » À gauche, la pilule ne passe pas. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, s’en est pris à la « virée raciste macrono-lepéniste ». Quant au parti socialiste, il a déposé une motion de censure, qui a très peu de chances d’aboutir. Loin d’être nouvelles, les questions autour de l’identité nationale et des racines se posent avec de plus en plus d’insistance à la faveur des années. Pourtant accaparées par la droite, la philosophe humaniste Simone Weil s’est emparée de ces thèmes au milieu du XXe siècle. Et l’autrice de L’Enracinement (1949) donne les pistes d’un enracinement ancré à gauche.

Penser contre les conservateurs avec leurs armes

Philosophe brillante, juive convertie au catholicisme tout en se tenant à distance de l’Église, Simone Weil a participé à de nombreux combats de son époque. Entre 1934 et 1935, elle tente l’expérience de l’usine pour comprendre l’aliénation et la déshumanisation de la classe ouvrière. En 1936, elle rejoint les rangs des républicains au début de la guerre civile espagnole. Dès 1940, lors de l’Occupation, elle se réfugie consécutivement à Marseille, à New York puis à Londres, où elle rejoint la France libre. Elle achève L’Enracinement, son grand-œuvre, en 1943, et meurt d’une tuberculose peu de temps après. L’exil marque un tournant dans sa pensée. Dans un geste stratégique ingénieux, Simone Weil retourne l’enracinement contre la pensée réactionnaire et se l’approprie. Weil retourne le stigmate des racines, contre le nationalisme d’un Maurice Barrès et contre le régime de Vichy, parti de l’enracinement et de l’ordre nouveau xénophobe. « Nous devons conserver beaucoup des pensées lancées par la propagande de la révolution nationale [l’idéologie officielle du régime de Vichy], mais en faire des vérités », écrit-elle dans L’Enracinement. Elle élabore ainsi une théorie humaniste de cette notion et tente de refonder, à gauche, l’idée de patrie.

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