Éléments de réponse
François Héran : “Au XIXe siècle, on applique le terme de ‘naturalisation’ à de nombreux domaines”
Le duc et la duchesse de Berry visitent l'éléphant du Jardin des Plantes à Paris. Huile sur toile de Jean-Baptiste Berre, 1817. © Bridgeman
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Au cœur des (récurrents) débats républicains sur l'accession des étrangers à la nationalité française, l’on entend si fréquemment parler de « naturalisation » qu’on ne prête plus grande attention à ce terme. Mais que signifie-t-il, au juste ? Soit : l’acquisition de la nationalité. Mais alors, en quoi constituerait-il un processus qui nous rend « naturels » ? Sommes nous plus naturels après naturalisation qu’avant, alors qu’on vient justement d'abandonner son appartenance première pour adhérer à une autre ? Le terme de naturalisation, qui prétend – par définition – créer artificiellement du naturel, n’est-il pas un bel exemple d’oxymore ? Derrière ce mot se cache plus qu’une simple particularité étymologique. Explications avec le sociologue et démographe François Héran.
Le terme de naturalisation est-il une contradiction dans les termes ?
François Héran : Je ne crois pas. Ce terme est très ancien. Il apparaît dès le XVIe siècle et désigne déjà le fait d’accorder la nationalité à des étrangers, c’est-à-dire de les considérer comme équivalents aux « naturels », aux résidents du pays. À l’époque, le terme de « natif » n’existe pas. On utilise donc celui de « naturel ». On a longtemps pensé que le terme de « nation » était moderne et que sous l’Ancien Régime, il n’y avait pas vraiment de nationalités. Mais l’historien américain Peter Sahlins a montré, notamment dans Unnaturally French: Foreign Citizens in the Old Regime and After (2003, non traduit), que c’était bien le cas. Le roi attribuait des « lettres de naturalité », qui consistaient à assimiler l’étranger à un « naturel » du pays.
Comment était-on naturalisé sous l’Ancien Régime ?