Citoyenneté / Espagne
À quand les migrants temporels ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
[Actualisation: adoption de la loi facilitant la naturalisation des descendants de Juifs séfarades chassés en 1492 le 10 juin 2015] En offrant aux descendants des Juifs expulsés en 1492 de recouvrer la nationalité espagnole, le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón Jiménez invente un nouveau type de flux migratoire.
La nouvelle est passée presque inaperçue. Le 12 octobre 2013, le ministre de la Justice espagnol Alberto Ruiz-Gallardón Jiménez annonçait, dans le cadre d’une conférence au Centro Sefarad-Israel de Madrid, qu’il allait ouvrir une procédure de naturalisation aux descendants des Juifs expulsés par Isabelle la Catholique en 1492. Concrètement, la mise en œuvre d’une telle procédure s’annonce périlleuse, étant donné la difficulté d’établir un arbre généalogique sur plus de cinq siècles, en remontant avant la constitution des premiers registres d’état civil. Cependant, cette initiative présente un intérêt conceptuel. Elle crée, de fait, une nouvelle catégorie : le migrant temporel, qui vient du passé. De quoi stimuler l’imaginaire. Pourquoi ne pas accorder la nationalité française aux descendants des huguenots chassés lors de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 ? Ou la nationalité norvégienne aux descendants des Vikings installés depuis 911 et le traité de Saint-Clair-sur-Epte en Normandie ? Faudrait-il établir une limite, par exemple autour de l’an mil, afin d’éviter que le souvenir des grandes invasions ne sème à nouveau la pagaille sur le Vieux Continent ? L’ouverture des frontières historiques est d’autant plus tentante que les frontières géographiques sont aujourd’hui verrouillées. Pour revenir au cas de l’Espagne, cette dernière est, on le sait, bordée d’une frontière très sensible avec le Maroc, où surviennent chaque année de nombreux incidents. Les barrières de Melilla et de Ceuta, enclaves ibériques sur le rivage marocain depuis 1497 et 1580, sont hautement militarisées. Miradors, clôtures, checkpoints… tous les moyens sont mis en œuvre pour décourager les flux de migrants, souvent d’origine sub-saharienne, qui tentent de trouver là un passage vers l’Union européenne.