Et si… les animaux avaient des droits ?
(cc) isamiga76 / Flickr
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Aujourd’hui, ce sont des « biens meubles » pour la législation française. Pourtant, des antispécistes comme Peter Singer réclament qu’ils aient les mêmes droits à la vie que les hommes.
Pour n’importe quel « sentient »[1], le droit le plus fondamental est celui d’égale considération de ses intérêts, quelle que soit l’espèce à laquelle il appartient. Cependant, dès qu’on a dit cela, les choses se compliquent. Certains considèrent que tous les animaux disposent d’un droit égal à la vie. D’autres donnent la priorité à certains êtres, par exemple aux chimpanzés, au motif qu’ils sont capables de comprendre qu’ils ont une vie, d’avoir des espoirs et des désirs tournés vers le futur. Néanmoins, tous les sympathisants des associations de défense des animaux sont aujourd’hui d’accord pour dire que notre façon de traiter les sentients non-humains – comme cobayes de la recherche ou produits de l’industrie agro-alimentaire – est radicalement mauvaise.
Si la société en venait, petit à petit, à reconnaître des droits aux animaux, cela conduirait à des changements drastiques. Certaines personnes continueraient à consommer de la viande d’élevage, des œufs et des produits laitiers, à condition que les animaux aient eu de bonnes conditions de vie, en extérieur, dans des groupes sociaux de taille compatible avec leur espèce particulière. Mais cela ne serait probablement qu’une étape : face à la diminution de la demande de produits animaux, l’industrie de la viande serait contrainte d’élever moins de volailles, de cochons et de bétail. À terme, il ne resterait plus que des petits troupeaux, qui seraient préservés pour montrer à nos petits-enfants ce à quoi ressemblaient ces animaux autrefois si abondants. Les industries fermières produisant du lait, des œufs et de la viande disparaîtraient à leur tour. Et pour ceux qui voudraient continuer à consommer de la viande, il faudrait compter sur les scientifiques, qui tentent de faire croître de la viande artificielle en cuve. Lorsqu’ils y parviendront, il ne s’agira pas d’un succédané, mais d’une viande authentique, issue de cellules animales, et probablement impossible à distinguer, au goût, de la viande que nous consommons à l’heure actuelle. Sauf qu’il n’y aura plus aucune objection éthique à cette consommation, puisque nul animal n’aura eu à souffrir ni à être abattu lors de ce processus.