Agriculture

Et si l’on faisait paître le bétail dans la forêt ?

Temps de lecture : 5 min

Pratique d’agroforesterie en Bretagne. Préservation des écosystèmes, gestion raisonnée des parcelles et prairies ou encore valorisation de l’arbre

Pratique d’agroforesterie en Bretagne. Préservation des écosystèmes, gestion raisonnée des parcelles et prairies ou encore valorisation de l’arbre. © Yves-marie Quemener/Ouest-France/Maxppp

Cet article est réservé aux abonnés.

Ces dernières années, l’agroforesterie connaît un regain d’intérêt. Associer les animaux d’élevage aux forêts : une voie d’avenir pour l’agriculture de demain ? Éléments de réponse.


 

Le sylvopastoralisme – pratique agricole consistant à faire pâturer le bétail dans les forêts et les sous-bois – n’est pas un phénomène nouveau. On en trouve la trace dès l’Antiquité. Il appartient à la grande famille des pratiques d’agroforesterie définie comme « intégration d’arbres, de champs et/ou de bétail sur la même parcelle de terre ». Les Romains cultivaient ainsi souvent la vigne en l’appuyant à un arbre. Comme le résument Antony Joseph et S. B. Lal Raj dans Agroforestry Theory and Practices (2014), « ces anciens systèmes intégrant arbres et production agricole ont commencé à décliner durant le Moyen Âge, lorsqu’a commencé à se développer la rotation des cultures comme méthode pour maintenir la fertilité des sols ».

L’industrialisation de l’agriculture accélérera ce déclin. Tracteurs et moissonneuses modernes exigent des champs immenses et sans obstacles. L’élevage contemporain réclame une rationalisation de l’espace : les bêtes, qui pouvaient se perdre dans les taillis et les fourrés, sont plus faciles à contrôler et surveiller dans des prés dégagés – quand elles ne sont pas, finalement, parquées dans des boxes. On compte aujourd’hui seulement 160 millions d’hectares de terres agricoles couvertes à plus de 50% d’arbres.

Le rural et le forestier

Si les progrès techniques ont accentué le déclin de l’agroforesterie, il faut les resituer dans une vision du monde qui les précède et, dans une certaine mesure, les rend possible. Comme le remarque le géographe Augustin Berque dans « Le sauvage construit » (in : Ethnologie française n°40, quatrième trimestre, 2010), les civilisations agricoles sont presque toujours marquées par une opposition spatiale, une bipolarité entre nature et artifice : « D’un côté, le sauvage (silvaticus, “de la forêt”, silva) ; de l’autre, le cultivé, le rural (les champs, la culture). » La forêt, l’espace arboré, est « la sylve “primitive”, habitat du “sauvage” ». Elle est le lieu d’une soumission de l’homme à la nature, à sa végétation drue, rétive, à laquelle l’individu ne peut que s’adapter. L’arbre, par sa solidité, lui résiste.

Cet article est réservé aux abonnés
Des animaux et des arbres : une cohabitation vertueuse ?