13-Novembre, 10 ans après

Farhad Khosrokhavar : “Les radicalisés d’aujourd’hui agissent plus par désespoir qu’au nom d’une utopie”

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Farhad Khosrokhavar : “Les radicalisés d’aujourd’hui agissent plus par désespoir qu’au nom d’une utopie”

Farhad Khosrokhavar, sociologue, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). © Astrid di Crollalanza/Opale.photo

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Où en est la menace du terrorisme islamiste en Europe ? Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, spécialiste de l’islamisme et de la radicalisation, elle a changé d’échelle, et le risque d’attentats d’ampleur lui semble exagéré. En revanche, la situation à Gaza est lourde de dangers futurs. 


 

Sommes-nous sortis du traumatisme de 2015 ?

Farhad Khosrokhavar : La génération qui a subi le traumatisme en garde évidemment encore les traces. En revanche, la nouvelle génération ne le ressent pas de la même façon : il y a eu une forme de distanciation. Cela s’explique d’abord par le fait qu’en dix ans, la société a beaucoup changé, tant au niveau économique que social et politique. Mais surtout, l’islamisme radical de 2015, qui a fait plus de 200 morts alors, n’existe plus. L’État islamique, qui était extrêmement actif dans l’organisation de ces attentats, a officiellement disparu en 2017, avant d’être balayé dans une très grande mesure en 2019. Bien sûr, il en reste quelques traces, en Afrique ou au Sahara, mais cela n’a pas le même impact. Et, comme tous les mouvements extrémistes, l’État islamique a eu une durée de vie limitée, marquée par une apogée et un déclin. Depuis qu’il a disparu, et que d’autres problèmes émergent, nous commençons à sortir du traumatisme.

“Depuis que Daech a disparu, d’autres problèmes politiques et économiques ont émergé, liés à la perte d’influence de l’Europe face à la Chine et aux États-Unis” Farhad Khosrokhavar

 

Diriez-vous que les attentats de 2015 ont changé la société française, que la défiance a gagné du terrain ?

La défiance s’est bien sûr développée. Mais le problème a commencé bien plus tôt, dès les années 1990. C’est lié à la mouvance radicale islamiste en Algérie et à la « décennie noire » que le pays a traversé. Mais il faut noter que la suspicion vis-à-vis du religieux est plus importante en France que dans d’autres sociétés européennes. Parce qu’il y a la laïcité, il existe une peur que la religion empiète sur le politique et le social. Cela génère des formes de prévention spécifiques, distinctes de celles des autres sociétés européennes. Je crois cependant que nous évoluons dans des sociétés dotées d’une importante capacité d’oubli. Aujourd’hui apparaissent de nouveaux problèmes, qui sont politiques et économiques, liés à la mondialisation et à la perte d’influence de l’Europe par rapport à des géants comme la Chine et les États-Unis. Les préoccupations fondamentales ne sont donc plus tellement le terrorisme islamique. D’autres enjeux apparaissent. 

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