Entretien

Farhad Khosrokhavar : “Il faut intégralement rééduquer les enfants de djihadistes rapatriés de Syrie”

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Des Syriens en attente de sortie du camp d’al-Hol, dirigé par des Kurdes, qui abrite des proches de combattants présumés de Daech, dans le gouvernorat d’Hassaké (nord-est de la Syrie), le 10 décembre 2020

Des Syriens en attente de sortie du camp d’al-Hol, dirigé par des Kurdes, qui abrite des proches de combattants présumés de Daech, dans le gouvernorat d’Hassaké (nord-est de la Syrie), le 10 décembre 2020. © Delil Souleiman/AFP

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Le 5 juillet, la France a annoncé le rapatriement de 16 femmes et 35 enfants, familles de djihadistes français partis combattre pour l’État islamique. Selon le sociologue Farhad Khosrokhavar, l’intégration de ces enfants exposés à l’idéologie de Daech nous pose un immense défi dont nous devons prendre la mesure.

 

Dans quel contexte intervient la décision française de rapatrier les familles des djihadistes français ?

Farhad Khosrokhavar : L’État islamique a été renversé en octobre 2017, il y a plus de quatre ans et demi. Pendant toute cette période, beaucoup d’enfants, de femmes et d’hommes ont été arrêtés, le plus souvent par les forces kurdes, et entassés dans leurs prisons. Les Kurdes ne sont pas reconnus internationalement et n’ont pas les moyens d’entretenir des prisons d’État, avec ce que cela implique en termes de conditions de détention. Ils n’ont pas la capacité matérielle d’appliquer des normes internationales ou de respecter les droits de l’homme. Ces prisonniers vivent donc l’enfer depuis toutes ces années. L’hiver, il y a des morts de froid ; l’été, il fait une chaleur torride, et l’alimentation est très mauvaise. Il faut dire que les Kurdes ont été très malmené par les djihadistes et n’ont aucune raison d’éprouver ou de montrer de la tendresse à leur égard. Mais aujourd’hui, les autorités françaises et européennes prennent conscience que cette situation ne peut pas durer : ces prisonniers ont la nationalité française, et les enfants ne peuvent pas être tenus responsables des crimes de leurs parents. De plus, les Kurdes n’ont plus les moyens de s’en occuper ; les prisonniers pourraient disparaître dans la nature et ressurgir ailleurs, pour commettre de nouveaux crimes. Je crois qu’une société démocratique ne peut pas ignorer ces problèmes-là, au nom de sa sécurité : elle doit les affronter.

“Une société démocratique ne peut pas ignorer ces problèmes-là, au nom de sa sécurité : elle doit les affronter” Farhad Khosrokhavar
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