Moyen-Orient/Stratégie
État islamique : le stade étatique du djihadisme ?
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L’organisation terroriste est un mouvement de combattants fanatiques qui se définit pourtant comme un État viable. Cette position est-elle tenable ?
Depuis quelques mois, un nouvel ennemi mondial est apparu. Il s’agit du groupe djihadiste d’abord nommé État islamique en Irak et au Levant, puis État islamique (EI). Né au milieu des années 2000, il a mené une offensive éclair en Irak en juin dernier. Après la prise de Mossoul, son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, s’autoproclamait début juillet calife de tous les musulmans au cours d’une cérémonie diffusée dans le monde entier. Fin août, le groupe a renforcé ses positions en Syrie. Les violences se sont succédé : persécution des minorités religieuses, décapitation de journalistes, exécution de soldats syriens, destruction du patrimoine. La spécificité de ce mouvement est inscrite dans son nom, puisqu’il se désigne comme un État. Al-Qaida signifie, lui, « la base », référence au camp d’entraînement paramilitaire en Afghanistan où il est né. Le Hamas, à Gaza, est un « mouvement de résistance ». Le Hezbollah libanais est un mouvement de guérilla devenu parti politique. La vocation étatique, ici, est revendiquée. Comme tout État qui se respecte, l’EI possède un chef, une armée, des financements, des principes directeurs et surtout un territoire. Un article publié dans la revue Foreign Policy (le 18 août 2014) souligne le souci de bonne gouvernance mis en avant par le mouvement, avec la construction ou la réhabilitation de routes, d’hôpitaux, d’écoles, une gestion efficace de la distribution d’eau ou d’électricité, la récolte de l’impôt, la lutte contre la corruption. Bref, ce groupe de combattants se comporterait aussi en administrateur rationnel.