Syrie
Khaldoun Nabwani : “La moins mauvaise des solutions serait que la Syrie devienne un État musulman mais pas un État islamique”
Le dirigeant de facto de la Syrie, Ahmad al-Charaa,(deuxième en partant de la droite) rencontre Walid Ellafi, ministre d'État libyen pour la communication et les affaires politiques, à Damas, Syrie, le samedi 28 décembre 2024. ©Mosa'ab Elshamy/AP/Sipa
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Lorsque nous l’avions interrogé en 2012, le philosophe et analyste politique syrien Khaldoun Nabwani espérait une victoire rapide de l’opposition à Bachar el Assad. Treize ans plus tard il explique pourquoi la chute du régime a été si lente tout en se montrant très inquiet pour l’avenir de son pays. Entretien.
En 2012, vous nous disiez que la victoire de la révolte contre Bachar el-Assad « prendrait des mois ». Mais vous doutiez-vous qu’elle prendrait douze années ?
Khaldoun Nabwani : Non. Il y avait à l’époque des exemples qui incitaient à l’optimisme. Le régime égyptien était tombé en dix-huit jours, la dictature tunisienne en vingt-huit. Les régimes en Libye et au Yémen vacillaient déjà. Nous imaginions à peu près la même chose en Syrie, une chute assez rapide du régime. Nous avons peut-être été naïfs.
Vous saviez déjà cependant que Bachar el-Assad était soutenu par l’Iran, que le pays était au cœur de la géopolitique mondiale et que cela risquait de retarder la chute du régime…
Oui, il y avait déjà des interventions iraniennes renforcées par des milices chiites irakiennes et libanaises, américaines, européennes. Mais l’intervention décisive a été celle de la Russie à partir de 2015. Sans le soutien de Moscou, le régime syrien serait tombé plus rapidement.
Comment avez-vous vécu, en France, ces douze années de maintien au pouvoir de Bachar el-Assad ?
Je suis passé de l’espoir d’une issue rapide au désespoir. J’ai perdu des membres de ma famille. Je ne pouvais pas retourner dans mon pays. C’était tellement difficile que j’ai dû consulter un psychiatre. J’ai participé, durant quelques mois, au début, au Conseil national regroupant les forces d’opposition, avant de le quitter. Il y avait trop d’islamistes en son sein, et il était très peu organisé. Je me suis alors détaché pendant un ou deux ans de toutes les informations en provenance de Syrie et suis resté loin de la politique. Je me suis réfugié dans la philosophie. Quelques années plus tard je suis devenu analyste politique pour plusieurs chaînes arabes.