Culture / Daech
On achève bien les civilisations
Taureau androcéphale ailé de profil, tourné vers la gauche. Bas-relief de la façade m, porte k, du palais bâti par Sargon II à Dur Sharukin, en Assyrie (actuelle Khorsabad, Iraq), v. 713–716 av. J.-C. (cc) Wikimedia Commons / Jean-Christophe BENOIST
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Cet article est issu du numéro 89 de Philosophie magazine « Peut-on être heureux sans travailler ? », en kiosque le 23 avril 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En février dernier, les images de membres de l’État islamique mutilant des statues millénaires au musée de Mossoul, en Irak, ont fait le tour du monde. L’occasion de se demander pourquoi la destruction d’œuvres d’art nous émeut-elle autant ?
Sur la vidéo, l’homme, légèrement bedonnant et la barbe bien taillée, frappe le pied d’un monumental lamassu — visage humain, corps de taureau et ailes d’oiseau –, sous les yeux d’un jeune acolyte vêtu de noir. Les deux font plus Tontons flingueurs que Massacre à la tronçonneuse, mais le résultat est là : dans l’antique Ninive, les hommes de Daech s’emploient à détruire un dieu protecteur de la cité sous l’œil d’une caméra relayant leur geste. Nous avons beau savoir que ces actes d’annihilation sont plus rares qu’ils ne voudraient le faire croire et que des camions, hors champ, embarquent ces vestiges pour les vendre à des collectionneurs peu scrupuleux, nous voilà touchés au cœur. Ce qui est paradoxal à plusieurs titres.
D’abord parce que nous prenons le deuil d’une œuvre dont nous apprenons souvent l’existence en même temps que sa disparition et que celle-ci, du coup, nous affecte plus que, par exemple, la dégradation de Pompéi faute d’entretien. Ensuite et surtout, parce que cette destruction nous émeut parfois plus que celles d’humains anonymes dans un charnier.