Camus et le choc des civilisations en 1946

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Camus et le choc des civilisations en 1946

© Seb Jarnot pour PM

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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Le problème russo-américain […] va être dépassé lui-même avant très peu : ça ne sera plus un choc d’empires, nous assisterons à un choc de civilisations… » Albert Camus, Tribune de Paris (Radiodiffusion française)

 

De quels maux, de quels anathèmes n’a-t-on pas accablé Samuel Huntington après la parution de sa thèse (largement caricaturée) sur le « choc des civilisations » [1] ? Les contempteurs de son travail verraient-ils d’un autre œil les considérations géopolitiques de l’universitaire américain s’ils savaient qu’il doit peut-être à Albert Camus l’expression (« choc des civilisations ») qui les indigna tant ?

Alors qu’il était invité le 1er janvier 1946, dans l’émission de radio Tribune de Paris, à s’exprimer sur les émeutes de Sétif et après avoir déclaré que le « problème algérien » remontait à la colonisation elle-même, Albert Camus se livre à une prédiction d’une stupéfiante acuité : « le problème russo-américain, dit-il, […] va être dépassé lui-même avant très peu : ça ne sera plus un choc d’empires, nous assisterons à un choc de civilisations… » Comment fait-il ? Comment peut-il devancer et surmonter la guerre froide pour en venir à décrire le changement de paradigme que nous expérimentons depuis la chute du mur de Berlin ? À quelles singularités de sa pensée le philosophe doit-il d’entrevoir, à l’aube d’un monde bipolaire, les enjeux du monde qui lui succédera ?

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