Le « choc des civilisations »: critique d’un slogan géopolitique
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans son livre Le Choc des civilisations, Samuel Huntington livrait une interprétation de la géopolitique mondiale fondée sur le conflit de « blocs civilisationnels » et sur l’affrontement prévisible de l’Orient musulman et de l’Occident chrétien. Une analyse simpliste réfutée à l’époque par l’écrivain Edward Said. Retour sur une controverse.
Peu d’ouvrages ont déclenché dans le monde autant de polémiques que Le Choc des civilisations de Samuel Huntington (Odile Jacob, 1997), professeur de sciences politiques à l’université de Harvard. Livre important, souvent plus connu par ouï-dire que vraiment lu, il s’agit d’un de ces livres qui obligent à considérer les choses sous un angle inaccoutumé. Il propose à la fois une synthèse – d’un immense savoir – et un modèle d’interprétation du monde simple et puissant, mais en même temps fort contestable. Que nous dit-il ? La configuration des relations entre les États, héritée de la Seconde Guerre mondiale et qui opposait deux superpuissances rivales – les États-Unis et l’URSS –, a disparu avec l’effondrement du système communiste à la fin des années 1980. L’espoir qui s’est ensuivi de l’émergence d’un « nouvel ordre mondial », marqué par le triomphe des valeurs libérales occidentales, la fin des conflits idéologiques et l’avancée inexorable de la « démocratie de marché », a fait long feu. Une nouvelle réalité géopolitique s’est progressivement imposée : la recomposition de la politique globale selon des « axes culturels » que Samuel Huntington appelle, et la formule lui a été reprochée, des « blocs civilisationnels ». Sous l’impulsion de facteurs ethniques et religieux se dessine un nouveau système conflictuel d’alliances, non plus bipolaire mais multipolaire et qui, par conséquent, est plus dangereux et incontrôlable que tout ce que nous avons connu par le passé. Tel est le constat.