Cinéma
“The Father”. Père perdu
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Cet article est issu du numéro 148 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 mars 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans le film de Florian Zeller The Father, Anthony Hopkins incarne un père octogénaire atteint d'une maladie neurodégénérative qui le fait errer dans les méandres de la mémoire. Bouleversant et brillant !
« Je ne sais plus où reposer ma tête », confie celui qui semble l’avoir perdue. Adapté de sa propre pièce, Le Père, écrite en 2012, ce film de Florian Zeller réunit deux acteurs exceptionnels : Anthony Hopkins alias Anthony, un père octogénaire, et Olivia Colman, Anne, sa fille. Entre eux, un lien hypothéqué par une maladie neurodégénérative qui pourrait être Alzheimer ; autour d’eux, un ballet d’acteurs. Ils incarnent une galerie limitée de personnages, principalement le mari d’Anne et une aide-soignante. La confusion des rôles, changeant régulièrement d’interprètes, de même que les transformations progressives du décor, font de l’appartement londonien où tout se passe un palais de la mémoire et un labyrinthe. Car les repères sont brouillés, ébranlés par une narration brisée et un montage volontiers incohérent. Le spectateur finit aussi désorienté que le personnage principal. Il éprouve à sa place la défaite du sens à laquelle conduit l’inexorable maladie. Anthony Hopkins, magistral, incarne un être d’une incroyable présence bien qu’absent, pris dans une tempête intérieure qui balaie tout, la colère comme la tristesse, l’amour comme les regrets. Ne reste que le désarroi d’un personnage shakespearien, vieux Lear déchirant perdu sur la lande. Avec Alzheimer, « ce n’est pas seulement le corps qui est affecté, ce n’est pas seulement l’esprit qui est perturbé, c’est l’être tout entier qui est atteint, à l’état vif », écrit le philosophe Michel Malherbe dans Alzheimer (Vrin, 2015). « La maladie est désormais le principe hégémonique de la vie de l’individu et elle en commande toutes les dispositions. » Laissant lui-même dans cet essai place aux récits de ses « visites » auprès de sa femme malade, ce spécialiste de Hume se demande finalement « comment reconnaître un être humain » quand le lien avec autrui et le monde est à ce point affecté par « la dégénérescence » ? Que reste-t-il de la personne quand toutes les théories philosophiques paraissent finalement inconsistantes à la définir ? Demeure la « reconnaissance incomplète » d’une humanité difficile à cerner, qui fait pourtant la trame de ce film bouleversant.
The Father / De Florian Zeller / Avec notamment Anthony Hopkins et Olivia Colman / En salles le 7 avril / Durée : 1h37