Anthologie
Féériques, industrieux et solidaires : petit éloge des insectes
© David Clode/Unsplash
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80% : c’est la proportion des insectes européens qui auraient disparu en trois décennies, selon une étude récente. Un drame pour la biodiversité. Drame invisible, cependant : masse minuscule et grouillante, les insectes font l’objet au mieux d’indifférence, et plus souvent d’une franche répulsion. Certains auteurs en ont pourtant fait l’éloge. Florilège.
Malebranche : la beauté de la Création
“L’autre jour que j’étais couché à l’ombre, je m’avisai de remarquer la variété des herbes et des petits animaux que je trouvai sous mes yeux. Je comptai, sans changer de place, plus de vingt sortes d’insectes dans un fort petit espace et au moins autant de plantes. Je pris un de ces insectes, je le considérai attentivement, et je ne crains point de vous dire de lui ce que Jésus-Christ assure des lis champêtres, que Salomon, dans toute sa gloire, n’avait point de si magnifiques ornements. […] Le principal dessein de Dieu dans la formation de ces petits insectes, n’a point été de nous faire par eux quelque bien ou quelque mal, mais d’orner l’univers par des ouvrages dignes de sa sagesse et de ses autres attributs”
Malebranche, Entretiens sur la Métaphysique (1688)
Bergson : la puissance de l’instinct
“Où commence l’activité de l’instinct ? où finit celle de la nature ? On ne saurait le dire. Dans les métamorphoses de la larve en nymphe et en insecte parfait, métamorphoses qui exigent souvent, de la part de la larve, des démarches appropriées et une espèce d’initiative, il n’y a pas de ligne de démarcation tranchée entre l’instinct de l’animal et le travail organisateur de la matière vivante. On pourra dire, à volonté, que l’instinct organise les instruments dont il va se servir, ou que l’organisation se prolonge dans l’instinct qui doit utiliser l’organe. Les plus merveilleux instincts de l’Insecte ne font que développer en mouvements sa structure spéciale, à tel point que, là où la vie sociale divise le travail entre les individus et leur impose ainsi des instincts différents, on observe une différence correspondante de structure : on connaît le polymorphisme des Fourmis, des Abeilles, des Guêpes et de certains Pseudonévroptères”