Anthologie
Les grandes étapes philosophiques de la souffrance animale
Lapin de race orylag (utilisée pour sa fourrure par des marques de luxe) en cage dans une ferme d'élevage en France en 2017. © Xavier Leotyu/AFP
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« Ça crie mais ça ne sent pas », affirmait au XVIIe siècle le philosophe Nicolas Malebranche, tenant d’une conception cartésienne, mécaniste, de « l’animal-machine », à propos d’une chienne qu’il avait battue. La reconnaissance de la souffrance animale s’est longtemps heurtée, en philosophie, à des résistances. Retour sous forme d’anthologie sur les grandes étapes de cette histoire.
Si la souffrance animale n’a pas toujours fait l’objet d’attention de la part des hommes, la compassion à l’égard des bêtes est de plus en plus marquées dans les sociétés contemporaines. La cruauté à l’égard des autres formes de vie est devenue, pour beaucoup, franchement insupportable. Immorale, même. La philosophie n’a pas échappée à cette prise de conscience progressive. Si certains penseurs, à l’instar de Kant, considèrent, dans une perspective anthropocentrique, que brutaliser les animaux corrompt le caractère éthique de l’homme, d’autres, de Jeremy Bentham à Peter Singer, affirment que la souffrance animale est en elle-même intolérable. Faudrait-il aller plus loin encore et intégrer les animaux dans une nouvelle communauté politique, comme le suggèrent Will Kymlicka et Sue Donaldson ?
Porphyre : sensibilité animale, insensibilité végétale
« Mettre sur le même pied plantes et animaux, voilà qui est tout à fait forcé. La nature des uns en effet est de sentir, de souffrir, de craindre, de subir un dommage et donc aussi l’injustice. Les autres n’ont aucune sensation et donc rien qui leur soit inapproprié ou mauvais, un dommage ou une injustice. »
De l’abstinence, III (v. 271)
Jean-Jacques Rousseau : le droit de ne pas être maltraité
« Il semble, en effet, que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible ; qualité qui, étant commune à la bête et à l’homme, doit au moins donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre. »
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755)