Pour / contre
Va-t-on manger de la viande de synthèse ?
(cc) Pixabay
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Cet article est issu du numéro 107 de Philosophie magazine « Peut-on aller bien dans un monde qui va mal ? », en kiosque le 15 février 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les images de la souffrance animale récemment tournées dans les abattoirs choquent. Au point de troquer l’entrecôte pour la viande cultivée en laboratoire ? Deux philosophes répondent et argumentent.
Pour
“Sortir du système carnivore sans même nous en apercevoir”
Florence Burgat
« Je souhaite revenir sur une idée largement admise : quand nous mangeons de la viande, nous n’aurions pas conscience de manger des animaux. Nous saurions que c’est la chair d’un animal, mais sans le savoir vraiment. Nous serions dans une disposition qui s’apparente au “je sais bien mais quand même”. Cette idée doit beaucoup au fait que les abattoirs se situent en périphérie des villes, ce sont des lieux clos, la personne qui vend la viande est très rarement celle qui a élevé, tué, transporté les animaux. Enfin, l’imagerie publicitaire se charge de faire le tampon entre la réalité des animaux à l’abattoir et l’univers festif du repas carné.
Dans ce système, tout est fait pour que le consommateur mange de la viande sans avoir conscience de manger des animaux. Mais cette prétendue ignorance a ses limites. Les morceaux vendus en barquettes comportent des identifications précises (côte de porc, gigot d’agneau, etc.), et, sur l’étal du boucher, les animaux sont parfois clairement identifiables. Cette réalité n’est donc pas invisible, elle n’a pas entièrement disparu de notre perception ordinaire.
En vérité, nous savons pertinemment que nous mangeons des animaux qui ont été tués dans ce but, et que nous y consentons. Ce régime alimentaire implique de tuer à grande échelle, selon une logique processuelle, des milliards d’animaux dont la vie est immédiatement aiguillée vers l’abattoir, alors qu’ils sont, comme tous les êtres animés, pris dans le désir qu’est la vie même.