Société

Peut-on parler d’un “droit” à manger de la viande ?

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Peut-on parler d’un “droit” à manger de la viande ?

© Tomwieden/Pixabay

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La polémique suscitée par les menus sans viande dans les cantines scolaires de Lyon pose un problème de fond. Les citoyens peuvent-ils exiger de la puissance publique qu’elle leur fournisse de la viande ? Une question inédite au regard du droit, que notre journaliste Ariane Nicolas, également autrice de l’essai L’Imposture antispéciste (Desclée de Brouwer, 2020), tente de décrypter.

 

La lutte contre le réchauffement climatique et la préoccupation croissante pour le bien-être animal sont en train de bouleverser notre rapport à la viande. De plus en plus de Français sont aujourd’hui « flexitariens », végétariens ou même végans. Cette tendance de fond inquiète à la fois les éleveurs, qui craignent à terme une disparition de leur métier, et les amateurs de viande, qui se demandent s’ils seront un jour forcés de devenir végétariens.

Ce débat à couteaux (et fourchettes) tirés pose un problème de fond, à savoir celui d’un hypothétique droit d’accès à la viande. Peut-on réclamer de l’État qu’il nous fournisse une telle nourriture, comme on exige de lui qu’il mette à disposition des écoles, des hôpitaux, une assurance chômage ? Éléments de réponse, en trois questions.

Les animaux ont-ils le droit de ne pas être mangés ?

Avant de s’intéresser aux droits des humains, il faut d’abord se demander si les animaux ont le droit de ne pas être consommés. Les antispécistes (comme le philosophe Peter Singer ou l’association française L214) assurent que tuer et manger des animaux est contraire à l’éthique car les animaux sont des êtres doués de sensibilité et qu’ils ont un « intérêt » propre à vivre. Cette idée est développée dans de nombreux livres. Citons par exemple La Révolution antispéciste d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler (PUF, 2018) ou encore L’Humanité carnivore, de Florence Burgat (Seuil, 2017).

Si, d’un point de vue éthique, cet argument peut paraître recevable, il l’est moins d’un point de vue juridique. Car toutes les vies ne se valent pas. Le politiste Ariel Colonomos offre à cet égard une clarification importante dans son ouvrage Un Prix à la vie (PUF, 2020). Tout en reconnaissant que « moralement, la vie est un bien suprême », il explique que ce principe ne se traduit pas automatiquement dans la loi. Le droit positif, celui que les humains se donnent, peut choisir d’accorder un statut différent aux êtres : « Une vie peut avoir plus de valeur qu’une autre. Cette idée choque, car le prix de la vie est souvent confondu avec la valeur morale intrinsèque des vies. Pourtant, ce sont deux choses distinctes. » De fait, le droit tolère certains homicides : des ennemis au combat en temps de guerre, un fœtus de moins de 12 semaines en cas d’IVG, un homme violent contre qui l’on se retrouve en état de légitime défense, etc. On peut ainsi faire le parallèle avec nos devoirs envers les animaux : il est interdit de tuer de nombreuses espèces animales (les animaux de compagnie et les espèces protégées, entre autres) et il est permis d’en tuer d’autres — par exemple à la chasse ou dans les abattoirs.

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