L'oeil et l'esprit
Foucault / Vélasquez. Jeux de regards
“Les Ménines” de Diego Velázquez, 1656. Huile sur toile, 318 x 276 cm. Musée du Prado (cc) Wikimedia Commons / Dcoetzee
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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans “Les Mots et les Choses”, Michel Foucault livre en quelques pages une approche des Ménines de Vélasquez, chef-d’œuvre de la peinture espagnole du XVIIe siècle. Un passage fulgurant, où le philosophe affûte son questionnement sur les notions de sujet et de représentation.
Peintre officiel de la cour du roi d’Espagne Philippe IV, Diego Vélasquez achève Les Ménines en 1656, quatre ans avant sa mort. Qualifié de « théologie de la peinture » par l’un de ses contemporains, son tableau le plus célèbre représente l’infante Marguerite, fille de Philippe IV, Marianne d’Autriche et leurs dames d’honneur.
Trois personnages attirent notre regard. D’abord, le peintre. Il s’est représenté à gauche avec son pinceau et sa palette. Il regarde le tableau qui est à la fois en train d’être réalisé et est celui que nous avons sous les yeux. Vient ensuite le couple royal, comme hors du tableau et en son centre. Objet de regard de tous les personnages, il est à notre place de spectateur et aussi projeté dans le miroir. Enfin, au fond de la pièce, le chambellan de la reine, Jose Nieto. Il est le double du peintre : sa main droite pourrait tenir un pinceau et sa gauche, une palette. Il regarde, lui aussi, le tableau qui est en train d’être peint.