Un classique éclaire le présent

Foucault et l’hétérotopie des boîtes de nuit

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Foucault et l’hétérotopie des boîtes de nuit

© Pim Myten/Unsplash

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Foule en sueur, promiscuité des corps et décibels à fond dans les oreilles, d’un point de vue virologique, les clubs sont un désastre. Raison pour laquelle ils ont été fermés pendant la crise du Covid. À moins d’une semaine de leur réouverture, le 9 juillet, demandons-nous pourquoi ils nous ont tant manqués. Il faut dire que les boîtes de nuit sont des espaces d’acceptation mutuelle, où le temps ordinaire est suspendu. Le lieu, lui-même, n’est plus un lieu unique. En somme, les nightclubs sont ce que le philosophe Michel Foucault nommait des « hétérotopies. » Mas de quoi s’agit-il ? 

 

Le terme hétérotopie vient du grec : hetero, « différent », et topos, « lieu ». Foucault les qualifie d’utopie, au sens de « non-lieux », et ce bien qu’ils soient localisées dans le monde. Les hétérotopies sont des systèmes sociaux alternatifs, des « contre-espaces » qui suivent des règles fondamentalement différentes de celles des lieux réguliers. D’autres principes d’organisation y sont en vigueur. Il peut s’agir de jardins, de cimetières, d’hôpitaux psychiatriques, mais aussi de maisons closes ou de prisons. On ne court pas, dans un cimetière. Et, dans une maison close, presque toutes les règles de la moralité sont annulées. Que les clubs soient de tels lieux qui « rejettent l’espace réel en dehors » où « la vie est normalement enfermée », nous en avons conscience avant même d’entrer sur la piste de danse. 

 

Discothèques, l’anti-Panoptique

De même que les hétérotopies ne sont « pas facilement accessibles » et « ont toujours un système d’ouverture et de verrouillage qui les isole de leur environnement », l’accès à de nombreux clubs est tout sauf une évidence. Quiconque a déjà été refoulé par un videur sait que ce processus de sélection ressemble souvent à un rituel « mi-religieux, mi-hygiénique », comme le décrit Foucault. Le fait que le célèbre Berghain de Berlin soit un lieu hétérotopique est mis en évidence par le fait que chaque visiteur reçoit un tampon sur le poignet après son entrée. Le tampon symbolise l’isolement du club, et la petite ouverture qui permet d’en contrôler l’entrée. Le club délimite un espace qui ne peut être expérimenté que par ceux qui y ont été.

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