Journée spéciale déconfinement

Le sens caché du "revivre" par Vladimir Jankélévitch

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Terrasse de café lors de la première soirée de réouverture des bars et restaurants, le 2 juin 2020 à Lyon, France

Terrasse de café lors de la première soirée de réouverture des bars et restaurants, le 2 juin 2020 à Lyon, France. © Robert Deyraill/Gamma-Rapho

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Contrairement à ce que son nom l’indique, « revivre » ce n’est pas vivre deux fois la même chose. L’expérience nous le prouvera sûrement ces prochains jours : les retrouvailles, les retours en terrasse ou en boîte de nuit vont avoir un goût unique. Dans son cours de 1960, que l’on peut écouter ici, ainsi que dans son livre « L’aventure, l’ennui, le sérieux » (1963), Jankélévitch montre que le retour à la vie n’est pas la répétition lassante d’un « déjà-vécu ». Qu’est-ce qui fait la différence entre un plaisir immédiat et un plaisir retrouvé, entre un instant que l’on vit et un moment que l’on revit ? 

« Revivre », c’est éprouver le changement 

Revivre, c’est (se) redécouvrir. Car, après un an, nous ne sommes plus les mêmes. Si ce mercredi 19 mai 2021, à 18 heures précises, on prend le même café dans la même terrasse qu’avant la pandémie, on ne va pas pour autant vivre le même moment. Il est possible que ce lieu familier nous paraisse étranger… voire étrange. Le retour à la vie requiert donc une remise à jour de nos habitudes. 

Car, revivre, c’est faire l’expérience du temps. Le goût du café ne change pas, nous oui. Selon Jankélévitch, même celui resté confiné « à domicile » s’est imperceptiblement transformé. Certes, il n’a pas mille choses à raconter. En restant chez lui, il n’a pas pu être cet « enfant prodigue courant le monde à travers milles débauches » ou cet « explorateur de la cordillère des Andes » décrit par Jankélévitch dans son cours sur l’immédiat. Son temps vécu n’a pas été chargé d’aventures. Et pourtant, il n’est plus le même. 

Revivre, c’est simplement avoir vécu. Nul besoin d’avoir fait des choses extraordinaires pour expérimenter le retour à la vie. Contrairement à l’aventurier qui a traversé le globe, la transformation du confiné « ne tiendra pas aux fleurs qu’il a cueillies, aux montagnes, aux bêtes qu’il a vues, aux humains qu’il a visité » mais plutôt « à cette marque mystérieuse qu’introduit en nous le temps écoulé ». L’intervalle temporel entre deux moments vécus transforme le vivre en un « revivre », toujours différent. 

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