Le débat
Revivre sa vie, rêve ou cauchemar ?
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Peut-on vouloir revivre exactement l’existence qu’on a déjà vécue ? Ceci apporterait-il plus de désagrément ou de plaisir ? La tentation est grande de vouloir refaire tout le chemin depuis le début, mais peut-être est-ce une mauvaise idée… Voici ce qu’en pensent Leibniz, Schopenhauer et Nietzsche.
Pour Gottfried Wilhelm Leibniz, nous vivons dans un monde optimisé. Dieu, en effet, parce qu’il est parfaitement bienveillant, omniscient et omnipotent, ne peut faire exister que le meilleur des mondes possibles. Celui qui voudrait revivre sa vie exactement telle qu’il l’a vécue ne pourrait donc que constater l’excellence du choix de Dieu. Avec un peu de recul, les maux qu’il revivra lui paraîtront relatifs et le sentiment de contribuer à la maximisation de la perfection de l’univers en sera d’autant plus intense. Il n’aura même pas l’impression d’une répétition à l’identique qui le priverait de sa liberté, parce que Dieu ne confond pas le nécessaire et le certain. Comme Leibniz l’explique dans son Discours de métaphysique (1686), alors qu’il est nécessaire que deux et deux fassent quatre, il n’est pas nécessaire que César franchisse le Rubicon, parce qu’il n’y aurait pas de contradiction à ce qu’il ne le franchisse pas et qu’il renonce à combattre Pompée. De son point de vue, il est libre. Mais pour Dieu, qui a tout calculé, il est certain qu’il le combattra et gagnera la bataille de Pharsale. Donc si César revivait sa vie sans rien pouvoir y changer, il se sentirait aussi libre que la première fois, même s’il ne ferait que dérouler un destin fixé à l’avance par Dieu. Mais à vrai dire, le cas ne se présenterait pas. Car Dieu ne fait pas exister deux fois la même chose. Le principe d’économie est nécessaire à la perfection du monde. Donc si revivre sa vie pourrait être désirable dans le monde optimisé de Leibniz, ce désir de répétition ne serait pas réalisable car il serait sans raison suffisante.