Les clés d’un classique

Un mal pour un bien : un extrait des “Essais de Théodicée” de Leibniz commenté

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Un mal pour un bien : un extrait des “Essais de Théodicée” de Leibniz commenté

Leibniz. © Illustration : William L pour PM ; photo, droit d’inspiration : © Domaine public

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Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine « Comment bien se disputer ? », en kiosque le 26 mars 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Leibniz, si le mal est présent dans le monde, ce n’est pas un désir de Dieu, mais plutôt sa volonté de le faire coexister avec le bien, afin qu’il participe d’un principe d’harmonie du Tout.

L’extrait de Leibniz

« 21. […] il faut qu’il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d’entre eux, et que même le meilleur de tous * en renferme ; c’est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal.
22. Mais quelqu’un me dira: pourquoi nous parlez-vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal, et ne le veut-il pas ? C’est ici qu’il sera nécessaire d’expliquer ce que c’est que permission, afin que l’on voie que ce n’est pas sans raison qu’on emploie ce terme. Mais il faut expliquer auparavant la nature de la volonté, qui a ses degrés : et dans le sens général, on peut dire que la volonté consiste dans l’inclination à faire quelque chose à proportion du bien qu’elle renferme. Cette volonté est appelée antécédente, lorsqu’elle est détachée, et regarde chaque bien à part en tant que bien. Dans ce sens, on peut dire que Dieu tend à tout bien en tant que bien […] Le succès entier et infaillible n’appartient qu’à la volonté conséquente, comme on l’appelle. C’est elle qui est pleine, et à son égard cette règle a lieu, qu’on ne manque jamais de faire ce que l’on veut, lorsqu’on le peut. Or cette volonté conséquente, finale et décisive, résulte du conflit de toutes les volontés antécédentes, tant de celles qui tendent vers le bien, que de celles qui repoussent le mal : et c’est du concours de toutes ces volontés particulières, que vient la volonté totale : comme dans la mécanique le mouvement composé résulte de toutes les tendances qui concourent dans un même mobile, et satisfait également à chacune, autant qu’il est possible de faire tout à la fois […]. 
23. De cela il s’ensuit, que Dieu veut antécédemment le bien, et conséquemment le meilleur. »

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