Entretien
François Jarrige : “Contre l’IA, des résistances organisées, parfois violentes, et menées par toutes les générations, commencent à voir le jour”
François Jarrige. ©Mathieu Genon/Reporterre/opale.photo
Cet article est réservé aux abonnés.
Au lendemain des deux attaques menées par un jeune Texan contre le siège d’OpenAI et le domicile de son cofondateur, Sam Altman, faut-il se préparer à une résurgence de la violence contre les machines, dans la tradition de ce qu’on appelle le luddisme ? Nous avons posé la question à l’historien François Jarrige.
Un récent sondage mené par Gallup aux États-Unis rapporte que 42% des jeunes de la Génération Z (nés entre 1997 et 2012) sont anxieux à l’égard de l’IA, tandis que 31% d’entre eux affirment que l’IA est une source de colère. Est-ce que ces résultats vous étonnent ?
François Jarrige : Ces résultats ne m’étonnent pas, car les raisons pour lesquelles nous pouvons nous sentir anxieux à l’égard de l’IA sont multiples. D’abord, il y a la question du coût énergétique et écologique, en totale contradiction avec l’urgence de la transition écologique. Les data centers, par exemple, consomment énormément d’eau et cela a déjà des répercussions majeures sur l’environnement. Ensuite, il y a toute une série de conséquences cognitives relatives à l’affaiblissement des capacités de réflexion, au captage incessant de l’attention des utilisateurs réguliers, révélées par diverses études. Et enfin, des conséquences sociales qui concernent directement et en premier lieu les générations qui ne sont pas encore sur le marché du travail. De nombreuses activités sont menacées de prolétarisation, alors que les postes d’alternants sont cannibalisés par l’IA. Ce qui court-circuite la transmission de l’expertise professionnelle et représentera, à terme, un gros problème.
“Alors que les enseignants pensent que les étudiants adoptent massivement l’IA, ces derniers se montrent en réalité méfiants, l’assimilant à une forme de fraude”
Dans un autre sondage récent, centré sur l’expérience universitaire, se dessine un décalage entre les professeurs et les étudiants. Alors que les enseignants pensent que les étudiants adoptent massivement et avec enthousiasme l’IA, ces derniers se montrent en réalité méfiants, l’assimilant à une forme de fraude. La révolution de l’enseignement annoncée par certains experts en « pédagogies numérique » qui réduisent le rôle de l’enseignant à celui de prescripteur de prompt n’est donc pas aussi assurée.
➤ À lire aussi : découvrez le sommaire de notre hors-série : “IA, le mythe du XXIe siècle”, et commandez-le sur notre boutique