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Frédéric Gros : “Le RN au pouvoir, est-ce que ce n’est pas déjà en train d’arriver ?”

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Frédéric Gros : “Le RN au pouvoir, est-ce que ce n’est pas déjà en train d’arriver ?”

Frédéric Gros. ©Joanna Tarlet Gauteur/Signatures pour PM

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Alors que la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu, trois semaines après avoir été nommé par le président de la République, ouvre la voie à l’hypothèse d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale et d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir, nous avons demandé dans notre nouveau numéro à plusieurs philosophes ce qu’ils feraient dans cette circonstance. Aujourd’hui, Frédéric Gros, auteur de Désobéir, défend l’idée d’une action et d’une parole de vérité dans les pas de Michel Foucault et de Hannah Arendt. 


 

« Le Rassemblement national est aux portes du pouvoir. Pour moi, cet énoncé représente l’impensable, l’insupportable. Je rappelle que je suis né au milieu des années 1960, et pendant toute ma jeunesse, l’extrême droite, c’étaient les éructations racistes et antisémites de Jean-Marie Le Pen, ainsi que son mépris affiché pour l’État de droit. Que les rejetons de son parti puissent aujourd’hui afficher leur républicanisme et soutenir qu’ils sont le vrai rempart contre l’antisémitisme relève pour moi de la blague absolue – mais elle ne me fait pas rire. Les sondages et les projections de vote obligent pourtant à se poser la question : et s’“ils passent”, qu’est-ce que je fais ? Eh bien, je crois que je resterai – provisoirement ? – en France, et, parce que la machine à propagande – déjà bien amorcée sur certaines chaînes d’information en continu – sera à son comble, je tenterai de m’informer auprès de médias alternatifs, au moins pour nourrir ce que Kant appelle un “usage public de la raison”, en dénonçant les attaques qui seront inévitablement menées contre la Justice et le Droit. À un niveau plus professionnel, il s’agira évidemment de réaffirmer dans mes cours des principes élémentaires de politique humaniste et de rappeler les désastres provoqués en Europe par les doctrines extrémistes. Tout le problème consistera, selon la belle expression forgée par Michel Foucault dans ses derniers cours au Collège de France, à faire preuve, face aux événements, d’un certain courage de la vérité, c’est-à-dire accepter de prendre des risques en dénonçant les iniquités qui ne manqueront pas de se produire. 

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