Cinéma

“The French Dispatch” : Franchouille Art

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“The French Dispatch” : Franchouille Art

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Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le nouveau film de Wes Anderson nous fait redécouvrir la France, entre clichés assumés (et souvent révélateurs) et empire des signes. Iconique à l’image des Mythologies de Roland Barthes.

Blasé-sur-Ennui n’est pas encore entré dans le Guide bleu mais le pourrait. Cette ville fictive sert de décor au dernier film de Wes Anderson, imaginé comme un double hommage : au récit journalistique et à un certain art de vivre à la française. Le scénario fantasque se compose de quatre chroniques enchâssées dans une trame principale, celle du journal The French Dispatch of the Liberty, supplément du Kansas Evening Sun, qui doit faire paraître sa dernière édition suite à la mort subite de son fondateur. À cette occasion, les rédacteurs de cette vénérable publication, qui a pour modèle revendiqué The New Yorker (chéri par le réalisateur), donnent le meilleur d’eux-mêmes. Chaque chapitre de cette histoire à tiroirs relate donc un article de l’ultime édition de ce titre rédigé en France à destination des Américains. Une carte postale de l’Hexagone, avec ses clichés assumés qui deviennent un alphabet dans le langage visuel si singulier de Wes Anderson. Rien ne manque à cette fable espiègle : Mai-68, la cuisine, le bistrot, le cinéma français, les artistes maudits… Jusqu’au chanteur Christophe et à son tube Aline, superbement interprété par Jarvis Cocker dans la bande originale. Autant d’icônes auxquelles Roland Barthes aurait pu faire un sort dans ses Mythologies (1957). Car pour le sémiologue, « le mythe est un système de communication, c’est un message ». En s’intéressant à des objets du quotidien – comme la Citroën DS ou le bifteck-frites –, il analyse ainsi le sens implicite de ces « fausses évidences », montrant la manière dont elles servent une idéologie, la doxa, conscient que « le mythe fait une économie : il abolit la complexité des actes humains, leur donne la simplicité des essences ». 

Wes Anderson aussi donne à ses prises de vues la simplicité des essences – « le Guide bleu ne connaît guère le paysage que sous la forme du pittoresque » –, mais il n’en est pas dupe ! Au contraire, dans cet univers absurde en carton-pâte, il dégonfle le mythe, vidé de toute idéologie. Aidé par une distribution extraordinaire, il magnifie les lieux communs et démontre la puissance évocatrice des images, à l’écrit comme à l’écran.

 

The French Dispatch / De Wes Anderson / Avec Timothée Chalamet, Tilda Swinton, Bill Murray, Léa Seydoux… /  En salles / Durée : 1h47

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