Fūdo / 風土
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Cet article est issu du numéro 132 de Philosophie magazine « Que faire de nos émotions ? », en kiosque le 22 août 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : japonais
Ce mot composé des kanji (caractères d’origine chinoise) qui désignent le vent (風) et la terre (土) définit à l’origine la singularité d’un terrain affecté par la nature (désert, prairie, montagne…). Mais le premier caractère a aussi le sens de tempérament. C’est alors la manière dont la terre est culturellement vécue qu’évoque le fūdo. Élevé au rang de concept par l’un des plus célèbres philosophes japonais – TetsurŌ Watsuji (1889-1960) – qui y voit le « moment structurel de l’existence humaine » (Fūdo. Le milieu humain, 1935), ce terme dit la manière de vivre l’espace propre à une société. Il détermine le regard de ses habitants sur les autres espaces. Le géographe et philosophe Augustin Berque, commentateur de Watsuji, souligne toutefois que le fūdo ne referme pas l’individu sur son appartenance locale : la dimension relationnelle de l’homme l’ouvre sur d’autres milieux. Fūdo peut alors se traduire par « médiance ». Mais la lecture la plus fréquente du terme accentue davantage l’attachement à la singularité nippone. À tel point d’ailleurs que le sociologue Atsushi Miura a pu parler de « fast-fūdoïsation » pour dénoncer la perte d’identité qui accompagne la modernisation des villes japonaises. Quand le McDo remplace le fūdo, c’est le regard sur les paysages urbains traditionnels qui disparaît…