Gad Elmaleh. « Les gens les plus drôles sont souvent ceux qui ont le plus peur »
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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quand des philosophes parlent du rire, c’est rarement drôle. Est-ce que la théorie tue l’humour ?
Gad Elmaleh : Je ne crois pas que le comique soit la raison d’être de la philosophie. En revanche, il suffit d’une observation très pointue, comme on en trouve dans Le Rire de Bergson, pour me faire rire, ou plutôt sourire. Par exemple, lorsque Bergson dit qu’il n’y a de comique que dans l’humain, qu’on ne rit jamais devant un paysage, ou bien qu’on rit d’un chapeau parce qu’on pense à la tête de celui qui l’a porté…
Le rire va-t-il plus vite que la pensée ?
Si l’humour va vite, c’est qu’il est plus immédiatement lié à l’émotion. Il jaillit souvent de la timidité, de la peur, de la colère… et là, ça peut être fulgurant. Je remarque que les gens les plus drôles sont souvent ceux qui ont le plus peur. Tout le monde s’exclame : « Quelle repartie ! », alors qu’ils sont simplement paranoïaques. Le sens de la repartie n’existe pas plus que celui de l’improvisation. Ceux qui sont censés l’avoir imaginent des ripostes à longueur de journée : « Si on me dit ça, alors moi je dis ça… » C’est un travail intérieur permanent. Il y a quand même une lenteur qui précède la fulgurance.
« Il faut toujours se demander ce que racontent les blagues, ce qui les anime »
Gad Elmaleh
Au fil des années, vos personnages sont devenus moins angoissés, mieux dans leur peau. Est-il plus difficile de les faire vivre sur scène ?
Non, cela ne change rien. Dans le one-man show, le spectateur observe mes allées et venues avec le personnage. La jubilation provient du dédoublement, de la mise en abyme. Je joue un mec qui n’est pas moi comme s’il s’agissait de moi, mais ce pourrait être vous. Les caractéristiques du personnage ne comptent pas tellement. Ce qu’il faut, c’est un point de vue, une exagération. À moi de montrer que celui qui semble aller bien ne va pas bien du tout !