Reportage
Guerre en Ukraine. Sur le front humanitaire
Une femme porte son bébé après avoir passé la frontière polonaise, à Medyka. © Pierre Terraz
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Entre l’Ukraine et la Pologne, une chaîne humanitaire se crée à tous les niveaux. Le pays européen frontalier de la zone de guerre est déjà un refuge pour plus d’un million d’Ukrainiens, et un point de départ privilégié pour les convois de vivres, d’équipements et d’hommes vers le front. Reportage au cœur de ce réseau tant tragique qu’utopique, qui, organisé et géré par les civils eux-mêmes, fonde un esprit européen inattendu.
Huit jours interminables. C’est le temps qu’ont passé Katya Syrotkina et ses trois enfants terrés dans la cave de leur maison à Berezne, petite ville à l’ouest de Kiev, pour se protéger des balles et des bombes. Au huitième jour a surgi un élan de courage dans le coeur de Katya, 27 ans. Devant ses enfants anéantis, la jeune mère de famille prend la décision qui les a sans doute sauvés : fuir malgré le danger. S’ensuivent cinq jours de marche acharnée dans le froid afin de rallier à tout prix la frontière polonaise, à quelques 250 kilomètres de là. « Mon passeport était périmé et j’étais pétrifiée à l’idée qu’on ne me laisse pas franchir la frontière. Mais sur les derniers kilomètres, au contraire, un garde-frontière m’a aidé. Il m’a vue par terre et m’a ramassée pour m’aider à avancer. Je ne pouvais plus marcher, mes enfants ne comprenaient ni ce qui m’arrivait, ni pourquoi je leur faisais faire tout ça. L’homme nous a mis dans un bus réquisitionné pour conduire les femmes et les enfants en Pologne. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce à lui… et à cette famille qui nous attendait de l’autre côté sans même que nous le sachions. »
Cette famille : trois Polonais originaires de Lublin, à l’est du pays. Un père, une mère et un fils unique qui souhaitent garder l’anonymat. Ils accueillent aussi chez eux un jeune homme ayant fui illégalement le pays pour ne pas avoir à se battre. Jamais ils n’avaient aidé de la sorte, eux ne connaissent même rien de l’Ukraine. Pourtant, la chose leur est apparue naturelle. Quelques jours plus tôt, ils entendaient dire que le nombre de réfugiés arrivés à la frontière dépassait le million. Un tour à la gare du coin, où des centaines de personnes massées dans un hall lugubre semblaient bel et bien avoir tout perdu, suffit à les convaincre. Ils s’inscrivent sur des groupes en ligne pour accueillir des réfugiés chez eux, et, deux jours plus tard, sont appelés au poste-frontière de Dorohusk pour récupérer « une femme et des enfants épuisés ». « Nous ne savons même pas qui nous a contactés, nous avons donné notre numéro de téléphone à tellement de gens ! Nous sommes seulement soulagés que notre maison serve vraiment à quelque chose, dorénavant. Ils peuvent rester là autant de temps qu’ils le souhaitent », raconte la mère.