Crise migratoire / Europe

La Biélorussie et les migrants : une poudrière pour l’Europe ?

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Bélarus, le 15 novembre 2021. Dans la ville frontalière de Hrodna (Grodno) au Bélarus, des réfugiés se pressent, côté biélorusse, contre les barbelés de la frontière polonaise, derrière lesquels stationnent les forces de l’ordre polonaise

Bélarus, le 15 novembre 2021. Dans la ville frontalière de Hrodna (Grodno) au Bélarus, des réfugiés se pressent, côté biélorusse, contre les barbelés de la frontière polonaise, derrière lesquels stationnent les forces de l’ordre polonaise. © Oksana Manchuk/BelTA/TASS/Sipa

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Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis début novembre, des migrants sont pris en étau à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Instrumentalisés par le pouvoir biélorusse, ils sont au cœur d’un conflit géopolitique.

 

« Une attaque hybride », dénonce sans relâche le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki sur son compte Twitter. Lundi 8 novembre, l’Europe découvre à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie les visages de cette « attaque » : des milliers de migrants, hommes, femmes et enfants, installés dans des camps de fortune et prisonniers d’un no man’s land glacial, coincés entre les barbelés polonais et les forces de sécurité biélorusses. Qui attaque qui, alors ?

Virginie Guiraudon est directrice de recherche au CNRS, spécialiste des questions migratoires et de la façon dont l’Union européenne (UE) s’en empare. Elle rapporte que, depuis le mois de juillet, l’aéroport de Minsk, capitale de la Biélorussie, est le théâtre de mouvements suspects : « On peut estimer que 15 000 individus ont été amenés à Minsk depuis l’été, jusqu’à 800 personnes par jour, en provenance d’une vingtaine de pays comme l’Irak ou les pays du Golfe. » La Biélorussie leur a vendu « des espèces de package, incluant le billet d’avion et un visa touristique, pour un prix estimé entre 3 000 et 5 000 euros ». Une fois à Minsk, les migrants montent dans des bus et sont emmenés à la frontière avec la Pologne. On leur a promis, explique la chercheuse, « qu’ils arriveraient très vite et sans difficulté en Allemagne ». Mais une fois à la frontière polonaise, le piège se referme. Devant, les soldats polonais interdisent le passage. Derrière, « des forces de sécurité biélorusses tirent en l’air, les violentent et les forcent à avancer ». Les migrants sont pris en tenaille, entre Charybde et Scylla, au milieu du mois de novembre, avec des températures négatives la nuit. À ce stade, Virginie Guiraudon évoque « une dizaine de morts », sans que l’on puisse en savoir plus. 

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