Ivan Krastev : “La peur de la démondialisation pourrait consolider l’idée européenne”

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 141 de Philosophie magazine « Le bonheur est dans le près », en kiosque le 17 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour le politologue bulgare Ivan Krastev, auteur de l’essai “Est-ce déjà demain ? Le monde paradoxal de l’après-Covid-19” (Premier Parallèle, 2020), il n’est pas certain que la crise sanitaire débouche sur un repli nationaliste et autoritaire. Au contraire, l’Union européenne pourrait bien tirer son épingle du jeu comme puissance protectrice.

Avec la pandémie, les inclinations nationalistes européennes risquent-elles de s’aggraver ? 

Ivan Krastev : C’est ce que nous pouvons penser à première vue, et il est vrai que, quand le confinement a commencé, beaucoup de pays ont fermé leurs frontières – c’est la réponse historique aux pandémies. Cependant, alors que, durant la crise des réfugiés, le « nous » était défini en termes culturels – comme l’origine, le fait de connaître une culture et de parler une langue –, une question totalement différente émerge. Cette question n’est plus : « Qui est né là ? », mais : « Qui est là à tel moment ? » Le gouvernement portugais a, par exemple, pris en comp­te de façon égale les migrants et les autochtones. Nous n’avons plus le loisir d’exclure qui que ce soit. L’isolement de beaucoup de nations européennes durant la pandémie a mis en lumière le fait que l’État-nation n’est plus un modèle économiquement viable. L’Allemagne dépend massivement des travailleurs d’Europe de l’Est – comme on a pu le voir durant la récolte des asperges – et d’autres pays, du personnel et des technologies médicales étrangères. Paradoxalement, la peur de la démondialisation pourrait ainsi consolider l’idée européenne plus efficacement que la vieille croyance dans la mondialisation. 

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

CosmosDémocratieÉtatIdéologie PouvoirSocialisme