Trois questions à…

Harald Welzer « Darfour, la première guerre climatique »

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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Psychosociologue allemand, Harald Welzer explore les nouvelles formes de violence que génèrent les désordres écologiques.

Alors qu’on la présente ordinairement comme un conflit ethnique, vous faites de la guerre au Darfour la « première guerre climatique ». Pourquoi ?
Les médias occidentaux présentent le Darfour comme un conflit tribal. Mais, vu de plus près, c’est une guerre d’un gouvernement contre sa population, dans laquelle le changement climatique joue un rôle important. La région du Darfour présente une structure complexe de groupes ethniques « arabes » et « africains », où le groupe « arabe » est associé à des formes de vie nomades et l’« africain » à une forme de vie rurale et sédentaire. Ces conflits entre fermiers et nomades perdurent, mais l’érosion grandissante des sols résultant du changement climatique leur a donné une nouvelle force. Les problèmes qui existaient auparavant se sont aggravés : sécheresse, désertification et déforestation. Le changement de climat est sans conteste le point de départ du conflit actuel qui oppose troupes régulières, milices gouvernementales et une vingtaine d’organisations rebelles. Cette multiplication des acteurs empêche d’ailleurs les belligérants et les observateurs d’en avoir une vue d’ensemble. Au Darfour, la violence est devenue permanente. Mais partout dans le monde apparaissent des marchés et de véritables économies de la violence. On y pratique le commerce des armes, des otages, de l’aide humanitaire, des matières premières, etc., qui nourrissent de nouveaux conflits. Je qualifie la guerre du Darfour de « première guerre climatique », parce qu’on y voit comment le déclin des conditions de survie mène à une violence de masse immédiate. Et je crois que ce type de conflit va se généraliser dans l’avenir.

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