Biographie
Henri Bergson. Père spirituel
© Frédéric Desmots pour PM
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Cet article est issu du numéro 13 de Philosophie magazine « 13 - octobre 2007 », en kiosque le 27 septembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Professeur timide, savant érudit, Henri Bergson avait tout pour une vie sans histoires. Qui aurait cru que le petit homme à moustache deviendrait la star de son temps, orateur adulé et diplomate avisé ? De tous les philosophes, nul n’aura connu une telle gloire de son vivant. Il incarne l’espoir d’une époque lasse du positivisme scientifique, avide d’une réalité nouvelle, vivante et spirituelle. Bouleversant la vision qu’ont ses contemporains du monde et d’eux-mêmes, il s’engage pour la paix et la démocratie : de ses missions aux États-Unis à la présidence de ce qui deviendra l’Unesco, le philosophe incarne l’élan de sa pensée vers un monde nouveau.
Henri Bergson est né le 18 octobre 1859 à Paris. Son père, Polonais d’origine juive, est compositeur. Sa mère est anglaise. C’est par naturalisation que le jeune Henri devient citoyen français. Brillant élève au lycée, il ne se destine pas tout de suite à la philosophie. En 1877, il gagne le premier prix du concours général de mathéma-tiques. « Vous auriez pu être un mathématicien et vous ne serez qu’un philosophe ! » s’indigne son professeur lorsqu’il se tourne vers les humanités. Bergson entre à l’École normale supérieure (ENS) et obtient l’agrégation de philosophie en 1881. Il enseigne en lycée, puis en khâgne au lycée Henri-IV. Rien, chez ce professeur discret, ne laisse présager l’engouement du public pour le philosophe, si ce n’est son éloquence, qui séduit ses auditeurs. « Nous avions déjà l’impression qu’il réinventait tout et qu’il irait plus loin encore », raconte le poète Léon-Paul Fargue. Bergson ne dicte pas son cours, mais laisse sa pensée éclore au fil des mots.
Dès 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience esquisse les grandes directions de sa philosophie : au temps spatialisé de la science, il oppose la vie profonde de la conscience, durée qualitative. Le bergsonisme est né, électrochoc pour la communauté intellectuelle de l’époque, dominée par le positivisme d’Hippolyte Taine ou d’Auguste Comte. Surnommé « l’antikantien » par ses camarades de l’ENS, Bergson est une figure inattendue dans la France du rationalisme et du progrès scientifique. Au fait des recherches médicales, des avancées de la biologie, de la neurologie, de la psychologie, de la physique et de l’astronomie, il cite plus fréquemment dans ses ouvrages des articles d’avant-garde que des philosophes du passé. Cependant, refusant la réduction du réel au mécanisme de la matière, il choisit la voie spiritualiste et s’intéresse à tout ce qui échappe à la grille d’analyse scientifique, par exemple l’hypnotisme. Il devient même magnétiseur.