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“Hérétiques !”, de Steven Nadler

Temps de lecture : 3 min

“Hérétiques !”, de Steven Nadler

© H et O Éditions

Peut-on faire de l’histoire de la philosophie en BD ? C’est le défi que s’est lancé Steven Nadler, très sérieux universitaire américain spécialiste du XVIIe siècle et par ailleurs l’auteur de la biographie de référence sur Spinoza. Illustrée par son propre fils Ben, la BD s’intitule Hérétiques ! Les merveilleux (et périlleux) débuts de la philosophie moderne (H&O Éditions, 2019) et se présente comme une introduction originale à ce que Steven Nadler appelle « la période la plus éblouissante de toute l’histoire européenne […] pour ce qui est de la philosophie ». C’est toute cette vie intellectuelle qui a agité l’Europe que donne à voir ce récit graphique qu’est Hérétiques ! : à travers la galerie de portraits d’une dizaine de philosophes qui, de Giordano Bruno à Voltaire en passant par Descartes et Leibniz, ont tous eu en commun la volonté de bousculer les idées reçues, le pouvoir établi ou les autorités religieuses. Mais le dessin n’est-il qu’un simple gadget qui sacrifie à ce que l’on considère souvent comme notre civilisation fondée sur l’image, ou apporte-t-il un véritable bénéfice ?

Le linéaire et le tabulaire

Commençons par une petite précision technique. Dans une bande dessinée, on peut distinguer deux types de mise en page : le strip linéaire, qui désigne la succession de cases quand elles s’enchaînent les unes à la suite des autres, et le tabulaire, qui consiste à disposer librement les dessins et les bulles sur la planche, comme dans une composition ou un tableau. Or si le déroulé du strip linéaire est à peu près conforme à une écriture classique où les mots se lisent dans un ordre prédéfini et fléché, autrement dit dans un continuum logique, la BD offre une possibilité supplémentaire en permettant une saisie différente des divers éléments graphiques disposés sur la page, dans une vision plus globale et quasi simultanée.

 

Extrait de la page 11. © H&O Éditions

Extrait de la page 11. © H&O Éditions

Une mise en scène visuelle

Observez par exemple la vignette ci-dessus, qui représente Galilée au milieu de ses observations astronomiques : le dessin montre son étonnement et fait sentir le vertige qu’il dut éprouver quand il vint à douter du savoir qu’il croyait acquis. Ici, c’est la correspondance entre Descartes et la princesse Élisabeth de Bohème ou celle entre Malebranche et Antoine Arnauld qui sont représentées comme des échanges directs entre deux personnages en train de dialoguer. Là, c’est Locke qui est donné à voir en situation au contact de différentes choses dont il se demande si elles ont des propriétés réelles ou si ce ne sont que des abstractions de son esprit. Dans tous les cas, le dessin ne fait pas qu’illustrer les idées et les doctrines : il les rend plus vivantes.

Une autre façon de présenter l’histoire de la philosophie

Mettre en images des questionnements philosophiques ou scientifiques sous la forme d’une bande dessinée permet de les faire comprendre de manière aussi inventive qu’efficace. Ce n’est d’ailleurs pas le seul l’intérêt d’Hérétiques !, qui a également le mérite de consacrer des pages – enfin plus exactement des planches – à des auteurs moins connus comme Pierre Gassendi, Anne Conway ou Robert Boyle, ce qui rend d’autant plus complète l’immersion au coeur des débats et polémiques qui ont traversé le XVIIe siècle. Malgré quelques raccourcis et simplifications, Hérétiques ! est donc une création visuelle et surtout une manière originale et ludique d’entrer en philosophie, toutefois moins destinée aux enfants qu’au grand public, à qui il donnera envie d’en savoir plus.

 

Sorti chez H&O Éditions, Hérétiques ! Les merveilleux (et périlleux) débuts de la philosophie moderne, de Steven et Ben Nadler, est disponible ici.