Passage à l'acte

Hors Humain. Le souffle au cœur

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Hors Humain. Le souffle au cœur

© Jonathan Dumont pour PM

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Cet article est issu du numéro 37 de Philosophie magazine « 37 - mars 2010 », en kiosque le 25 février 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Hors Humain, comme il s’est nommé, ne manque pas d’air ! Il plonge dans les eaux glacées du pôle Nord, joue les acrobates urbains, « respire » ses poèmes… Et met son corps à rude épreuve, flirtant avec la mort.

Groenland, juillet 1984. Jean Haberey est à la porte de l’hélicoptère, en maillot de bain. L’eau, treize mètres au-dessous de lui, est à –2°. Un viscéral sentiment de peur le traverse une dernière fois. Il s’abandonne. Le choc thermique est insoutenable. L’année prochaine, il sera répertorié dans le Guinness World Records – aucun homme n’avait jusque-là réalisé un tel exploit – mais, pour l’instant, « c’est seppuku [suicide rituel par le sabre des samouraïs] raconte-t-il. Ma cervelle explose. Et je sens mon corps se vider de ses organes ». Plus tard, pris d’une frénésie de lecture, il découvre « le corps sans organe » qu’Artaud a imaginé, que Deleuze a théorisé et qu’il vient de se fabriquer. Un corps qui ne connaît plus aucune hiérarchie entre tête, tripes, poumons ou pieds. Jean Haberey nage dans la mer glacée jusqu’au bateau. Mais les équipes de tournage affrétées par Jacques Séguéla n’ont pas assez d’images. Il plonge, encore et encore. C’est l’hypothermie. Il refuse la piqûre du médecin – « le choc aurait été mortel » – et travaille ses souffles une heure durant : revient très lentement à la vie. Jean Haberey vient de connaître une deuxième naissance. Deux mois plus tard, il se met pieds nus – il n’a plus remis de chaussures, « ces cercueils à lacets » comme il dit, depuis vingt-cinq ans – et se rebaptise Hors Humain – deuxième nom inscrit sur son passeport !

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