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Deleuze-Nietzsche, mi-figue mi-raisin

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Deleuze-Nietzsche, mi-figue mi-raisin

Gilles Deleuze . © Jerry Bauer/Opale.photo - Friedrich Nietzsche. © Domaine public

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Cet article est issu du Hors-série n°63 de Philosophie magazine « Gilles Deleuze. L’homme aux mille concepts », en kiosque le 04 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Deleuze, la pensée de Nietzsche est comme « l’aube d’une contre-culture ». Brouillant tous les codes, elle reste néanmoins cohérente et rigoureuse. Radicale.

 

Nietzsche, à l’instar de Spinoza, est très présent dans l’œuvre de Deleuze. Celui-ci lui a consacré deux ouvrages : Nietzsche et la Philosophie (PUF, 1962), sorte de monographie qui a la particularité d’ignorer totalement la littérature secondaire, pourtant déjà abondante, et le très bref Nietzsche : sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie (PUF, 1965), qui comporte des extraits plutôt bien choisis des œuvres publiées et des fragments posthumes. Ces livres d’histoire de la philosophie précèdent les grands ouvrages de Deleuze, qui en reprennent différents aspects. Différence et Répétition (PUF, 1968) est, par exemple, directement inspiré de sa lecture de « l’éternel retour » de Nietzsche. Rappelons que Deleuze, bien que non germaniste, fut chargé avec Maurice de Gandillac de superviser la traduction de l’édition de référence des Œuvres complètes de Nietzsche (Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Gallimard, 1971). 

Deleuze a parfaitement pris la mesure de la radicalité de la pensée de Nietzsche, qu’il distingue des deux autres « maîtres du soupçon », Marx et Freud. « Nietzsche, c’est tout à fait autre chose, l’aube d’une contre-culture » : il brouille tous les codes, invente une nouvelle manière de philosopher, servie par un nouveau langage, jusque-là inouï. Prenant le contrepied des lectures poétiques de Nietzsche (Bataille, Klossowski), Deleuze a le mérite de souligner la cohérence et la rigueur de cette pensée atypique. Il a ainsi joué un rôle important dans la (ré)habilitation universitaire de Nietzsche, encore perçu à l’époque comme un simple littérateur ou un chantre exalté de l’irrationalisme. Mais, trop soucieux sans doute d’inscrire Nietzsche dans la grande tradition philosophique, Deleuze force allégrement le sens des textes pour faire de la philosophie à coups de marteau « une anti-dialectique absolue ». La Généalogie de la morale (1887), « le livre le plus systématique de Nietzsche », aurait ainsi pour but de réfuter la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, à laquelle il reprocherait d’être dictée par le ressentiment. Deleuze va jusqu’à dire que la méthode généalogique que Nietzsche y met à l’œuvre est une reprise délibérée du projet critique avorté de Kant : « Si l’on renonce à croire que l’organisation des trois dissertations soit fortuite, il faut conclure : Nietzsche dans la Généalogie de la morale a voulu refaire la Critique de la raison pure. » Le prétendu criticisme kantien manquerait par comparaison de radicalité parce qu’il ne remet pas en cause la valeur de la vérité et reste, au fond, fidèle à la morale chrétienne... Interprétation étonnante lorsqu’on sait que Nietzsche, qui n’était pas philosophe de profession, n’avait lu de près ni Kant ni Hegel. 

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