Manière d’être
Deleuze et le nomadisme
Campement de Roms près de Lille, en 2013. © Eva Parey/4SEE/REA
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Les gens du voyage font partie des personnes les plus discriminées en France. Et pourtant, les injustices dont ils sont victimes font rarement l’objet d’attention dans le débat public. C’est que, comme l’explique Gilles Deleuze, leur mode de vie nomade ébranle en profondeur l’existence sédentaire dont l’immense majorité d’entre nous peine à se défaire.
« On écrit l’histoire, mais on l’a toujours écrite du point de vue des sédentaires, et au nom d’un appareil unitaire d’État », écrit Gilles Deleuze. Les nomades ont toujours été exclus de cette histoire. Ils incarnent, par le refus de s’installer, un démenti au projet qui fonde, comme l’explique Deleuze dans Mille Plateaux (écrit avec Félix Guattari, Éditions de Minuit, 1980), l’État : la « territorialisation », la délimitation d’un espace clos jalonné de lieux. « Une des tâches fondamentales de l’État, c’est de strier l’espace sur lequel il règne. » Le mode d’existence nomade s’oppose à cette logique de quadrillage et de contrôle : « Les nomades lancent partout la déterritorialisation. » Ils « n’ont pas d’histoire », « n’ont ni passé ni avenir, ils ont seulement des devenirs », car l’histoire a besoin de points de repères, de lieux pour se raconter.
“Les nomades ont inventé une machine de guerre, contre l’appareil d’État”