Témoignages

Trois migrants racontent les raisons de leur traversée

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Montée à bord de migrants en provenance de Lybie

Montée à bord de migrants en provenance de Lybie. © Pierre Terraz/Ocean Viking,Août 2021

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Face aux déstabilisations politiques, économiques et climatiques, de plus en plus de personnes se retrouvent contraintes de fuir leur pays, faisant de la mer Méditerranée la route migratoire la plus mortelle au monde. En Europe, la tentation du repli face à ces importantes vagues humaines se répand tout aussi vite. Mais au-delà des discours parfois chauvins et démagogues, présentant trop vite l’étranger comme une menace, qui sont réellement les migrants, et pourquoi entreprennent-ils une traversée si périlleuse jusqu’à chez nous ?

 

Asma*, 53 ans, Syrie : « Je n’ai jamais voulu quitter Damas »

© Pierre Terraz

A l'issue de près d’une semaine épuisante à bord de l’Ocean Viking, Asma se fait évacuer en urgence par un bateau de la marine italienne, pour des raisons médicales. (Photographie : Pierre Terraz)

 

« Je ne voulais pas partir de chez moi. Mais en 2014, quelqu'un a pris une photo de ma fille de 17 ans lors d'une manifestation pacifique à Damas. Ils voulaient l’arrêter, alors nous avons décidé de fuir en Égypte par avion, puis nous sommes entrés clandestinement en Libye. Là-bas, c’était l’horreur. Des hommes armés ont tiré dans le dos de mon gendre pendant qu’il travaillait, mon mari et mon fils cadet se sont fait kidnapper. Nous avons dû payer une rançon pour les libérer. Je suis malade et j’ai besoin d’une greffe du foie. Aucun traitement de ce type n’existe en Libye, c’est pour cela que j’ai décidé de rejoindre l’Europe. À ma première tentative, j'ai donné 2 500 dollars au passeur pour traverser la Méditerranée, mais les garde-côtes libyens nous ont interceptés. Ils m'ont mis en prison et voulaient 200 dollars pour me laisser sortir. Heureusement, mes enfants m'ont sortie de là, mais j'étais très faible. Je ne veux pas mourir, alors j’ai décidé de tenter ma chance une deuxième fois. J’ai payé 1 500 dollars, les passeurs nous avaient promis qu'il y aurait un téléphone satellite, un GPS et des gilets de sauvetage. Il n'y avait rien de tout cela. Au moment du départ, l’un d'eux s’est énervé et a même jeté les bouteilles d'eau par terre en disant : "pas d'eau pour vous". Après quatre heures en mer, le moteur a pris feu, ma jambe a été brûlée et l’embarcation prenait l’eau. Après dix heures, vous êtes arrivés derrière nous. Nous croyions que vous étiez les garde-côtes libyens, nous avons pensé : "Nous sommes en train de mourir de toute façon, alors qu’ils viennent". Mais c'était vous. Je dois arriver en Europe parce que je veux vivre, je veux voir mes petits-enfants grandir et j’ai besoin de cette greffe du foie pour cela. Ils m'appellent "adorable mamie". Quand vous verrez votre mère, n'oubliez pas de la prendre dans vos bras et de l’embrasser. »

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