L’aventure d’un classique
Montesquieu, l’avocat du diable
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Montesquieu consacre plusieurs pages à la question de l’esclavage, preuve que le sujet mérite selon lui une véritable mise au point. Il a beau ne pas exister en France métropolitaine, il est monnaie courante aux Antilles, d’où les colons reviennent souvent accompagnés de leurs domestiques. Montesquieu se montre ambigu quant à l’asservissement des femmes, mais il condamne fermement la traite des Noirs. Reconnaissant que ce rejet relève avant tout d’un cri du cœur, il tente d’examiner dans quelles conditions (dans quel climat, dirait-il), elle pourrait être légitime – sans trouver d’argument réellement convaincant. Dans l’extrait suivant, il adopte ironiquement le point de vue d’un défenseur de l’esclavage.
Montesquieu, De l’esprit des lois, livre XV, chapitre 15.
« De l’esclavage des nègres
Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.