Phrase choc

« Il y a un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus sublimes »

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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Diderot, Lettre à Damilaville (1760)

Dans une lettre datée du 3 novembre 1760, Diderot raconte à l’homme de lettres Étienne Noël Damilaville une anecdote qui l’amène à formuler cette sentence. Pendant une semaine, il a observé un chien faire une cour assidue à une femelle de son entourage, et manifester une patience et une abnégation dignes d’un chevalier courtois. Mais il n’est pas dupe : le ressort de ce comportement relève davantage de la « luxure » – du besoin sexuel – que d’un sentiment épuré comme les hommes en sont a priori seuls capables. Quoique… Selon Diderot, en effet, il n’y a pas de raison de dénier à l’homme ce que l’on prête d’emblée à l’animal. Rien ne justifie une coupure entre les vivants : le monde est une unité matérielle. L’homme s’apparente, comme l’animal, à un amas de matière sensible. Nos sentiments moraux dépendent d’une organisation particulière de matière animée et expriment quelque chose de notre état corporel. Le genre humain ne bénéficie d’aucun statut d’exception, et ses élans amoureux s’ancrent dans la matérialité de sa chair, dans le cycle des besoins et de leur satisfaction. Certes, « les sentiments les plus sublimes », qui magnifient l’être aimé, traduisent la capacité de mettre à distance l’urgence de l’instinct reproducteur. Mais, distance n’est pas transcendance : ce constat ne permet pas d’établir une césure entre l’âme et le corps, la passion amoureuse et la pulsion sexuelle. Nous pouvons aimer « de toute notre âme » ; mais celle-ci dépend bien de la conformation corporelle d’êtres animés, elle n’est pas une entité venue, Dieu sait d’où, s’incarner, on ne sait comment, dans l’individu.

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