L’invention

Îles artificielles : le futur de l’énergie ?

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Îles artificielles : le futur de l’énergie ?

L’île Princesse Élizabeth. © Elia - www.elia.be

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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment faire face à la crise énergétique dans un pays de taille modeste, où les ressources potentielles sont peu abondantes ? C’est le problème auquel fait face, entre autres, la Belgique. Pour y répondre, le gouvernement innove : il projette la construction d’une île énergétique artificielle de 6 hectares en mer du Nord, à 45 kilomètres des côtes.

  • Constituée de vingt-trois immenses caissons de béton coulés en mer et de 2,3 millions de mètres cubes de sable, l’île Princesse Élisabeth devrait être achevée à l’horizon 2026. Elle servira de liaison entre la terre ferme et les zones de production éolienne off-shore en développement. À terme, l’île permettra aussi l’interconnexion du réseau électrique belge à d’autres systèmes européens, comme ceux du Royaume-Uni ou du Danemark.

  • Présenté comme une contribution à la transition écologique, le projet suscite cependant diverses critiques. Les dégâts potentiels sur la biodiversité et les milieux sous-marins sont notamment pointés du doigt. Pour les concepteurs du projet, le nature inclusive design (« design s’intégrant dans la nature ») de l’île permettra au contraire de protéger, voire de favoriser la biodiversité.

  • Face à l’urgence climatique, l’éolienne en mer apparaît comme une solution probante. Mais elle n’en suscite pas moins d’importants contentieux,  notamment avec les pêcheurs, qui ne peuvent en général pas travailler dans les parcs éoliens. Comme le souligne Brice Trouillet, spécialiste de planification maritime, cité dans l’article « [Éolien marin] il faudrait voir plus large » (paru dans la revue Sésame en 2022), l’éolien off-shore bouleverse le tissu de relations qui constitue l’espace maritime : « Jusqu’à présent, ce qui a fait l’alpha et l’oméga de l’utilisation de l’espace en mer, c’était la coactivité. […] Vous pouviez passer trois heures après le passage d’un navire sans difficultés. Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’on va vers des formes d’utilisation de l’espace plus exclusives qui vont geler toute autre forme d’utilisation. » L’île artificielle, prolongement de la terre dans la mer, en est un exemple flagrant. Ce qui ne condamne certainement pas ce type de projets mais exige que leur mise en place s’accompagne d’une négociation politique. Il en va de la manière de partager un espace commun.