En débat
Belles ou laides, les éoliennes ? Ce qu’en auraient (peut-être) pensé les philosophes
© Alex Eckermann/Unsplash
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Les éoliennes nous choquent-elle parce que leur esthétique est en désaccord avec le paysage ou, au contraire, leur contraste et utilité deviennent-ils source de beauté ? Les penseurs classiques se joignent au débat éolien et leurs idées alimentent la controverse.
L’harmonie selon Platon
Platon, dans l’Hippias majeur, interroge Socrate : « Dis-moi, d’où sais-tu quelles sont les choses qui sont belles et celles qui sont laides ? » Pour Platon, la beauté est composée de parties qui forment un tout : une concordance de multiplicités. Dans La République, le philosophe voit le beau comme « harmonie » et « équilibre » entre ces éléments. Cette conception platonicienne du beau anticipe sur les discours anti-éoliens qui soulignent la laideur de ces machines. Les opposants déclarent que ces tours d’acier vont à l’encontre d’une unité harmonieuse de ces constructions et du paysage qui les environne. Ils estiment que les éoliennes dégradent les paysages : leur teint blafard et leur rigidité font tache. Les paysages sont hachés par la géométrie brutale de ces géants mécaniques. Une unité ne peut émerger car l’esthétique bucolique des campagnes s’oppose à celle, industrielle, des éoliennes.
La beauté du contraste d’Héraclite
Et si l’on s’aventurait au-delà de cette beauté harmonieuse pour goûter, au contraire, à la beauté du contraste ? C’est ce que propose Héraclite d’Éphèse dans ses Fragments (VIᵉ siècle av. J.-C) : « C’est de ce qui est en lutte que naît la plus belle harmonie ; tout se fait par discorde. » Le philosophe grec explique qu’il n’est pas toujours nécessaire de s’intégrer dans un tout harmonieux. Une rupture, causée par des forces antagonistes, peut devenir synonyme de beauté. Héraclite affirme même que « l’harmonie invisible vaut mieux que celle qui est visible ». Le désaccord entre le paysage et les éoliennes illustre bien cette harmonie invisible. Selon lui, les contrastes de pâleur et des couleurs, de fluidité et de rigidité, de mort et de vivant sont source de contradiction et relèvent donc du beau.