Le match Parménide-Héraclite

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Cet article est issu du numéro 115 de Philosophie magazine « Pourquoi est-il si difficile de changer ? », en kiosque le 30 novembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que Parménide pose une distinction tranchée entre l’Être et le Non-Être et fait de l’ontologie (la science de l’être) une réflexion sur l’immuable, Héraclite assume la contradiction et adopte le devenir comme principe de la nature. Entamé au Ve siècle avant notre ère, ce duel philosophique est loin d’être terminé.

Lorsque l’un pense par courtes sentences percutantes, l’autre s’épanche en un long poème. Quand l’un célèbre l’instabilité, l’impermanence, le devenir des choses, l’autre en décrit l’immuabilité, l’éternité : Héraclite et Parménide ne sont d’accord sur rien. Dans De la nature, Parménide affirme : « Il faut dire ceci et penser ceci : “Ce qui est dans le présent” est ; car il est être, alors que le néant n’est pas. Ces choses, je t’exhorte à les méditer. D’abord, en effet, je te mets en garde contre ce chemin de recherche, ensuite, contre cet autre, en lequel s’égarent les mortels qui ne savent rien, doubles-têtes ; car l’embarras qui est dans leur poitrine dirige une pensée errante ; ils se laissent porter, à la fois sourds et aveugles, effarés, race sans discernement, qui ont tenu le venir à l’être et le ne pas être comme étant le même et pas le même ; leur voie à tous est une voie qui va et revient sur ses pas. » Il fait ainsi un sort à Héraclite qui associe sans cesse les contraires et souligne que de leur opposition, de leur tension, naît l’équilibre du monde. Héraclite, magnanime, répondrait : « Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s’accorder : mouvements en sens contraire, comme pour l’arc et la lyre. » Ces deux postures métaphysiques ont chacune leurs conséquences que les philosophes des siècles suivants ne cesseront de décliner : poser la vérité comme horizon stable à atteindre et un Être dont l’unicité est immuable permet de penser des valeurs (le bien, le beau, le juste) à la fois éternelles et connaissables ; à l’inverse, les héritiers d’Héraclite se situeraient plutôt du côté d’un certain relativisme. À l’heure actuelle, on attend toujours la balle de match. 

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