Science / Technologie médicale

Je veux, donc je remarche

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Lausanne (Suisse), le 23 mai 2023. Le professeur de neurosciences Grégoire Courtine, le chef du programme interface cerveau-ordinateur du CEA Guillaume Charvet, le patient Gert-Jan des Pays-Bas, la neurochirurgienne et professeure Jocelyne Bloch et Henri Lorach, responsable du programme d’interface cerveau-ordinateur de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), du Centre hospitalier universitaire de Lausanne (CHUV) et de l’Université de Lausanne (UNIL) posent lors d'une conférence de presse

Lausanne (Suisse), le 23 mai 2023. Le professeur de neurosciences Grégoire Courtine, le chef du programme interface cerveau-ordinateur du CEA Guillaume Charvet, le patient Gert-Jan des Pays-Bas, la neurochirurgienne et professeure Jocelyne Bloch et Henri Lorach, responsable du programme d’interface cerveau-ordinateur de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), du Centre hospitalier universitaire de Lausanne (CHUV) et de l’Université de Lausanne (UNIL) posent lors d'une conférence de presse. © Fabrice Coffrini/AFP

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Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la première fois, un patient paraplégique a réussi à remarcher grâce à une interface cerveau-machine mise au point par des équipes franco-suisses. Une avancée qui nous renseigne, quatre cents ans après Descartes, sur les liens entre l’âme et le corps.

 

Gert-Jan regarde ses pieds et tient avec fermeté son déambulateur. Ses pas sont saccadés, comme ceux d’un robot grossièrement paramétré. Mais le miracle est là : après quelques minutes d’entraînement, il retrouve de la mobilité dans ses membres inférieurs naguère paralysés, puis remarche pour la première fois depuis plus de douze ans, depuis cet accident de vélo où sa moelle épinière a été sectionnée au niveau des cervicales. Les chercheurs du laboratoire NeuroRestore en Suisse, avec la participation des équipes du centre de recherche Clinatec à Grenoble, ont mis au point un pont numérique sans fil pour que l’information recircule du cerveau vers les jambes.

Tout part d’un implant au niveau du cerveau qui enregistre l’activité neuronale. Un petit ordinateur extérieur récupère, à partir des enregistrements, les signatures électriques des intentions motrices. « Ce sont des signaux spécifiques que notre algorithme apprend à reconnaître et à associer à une intention : tel signal révèle une intention de fléchir la hanche, tel autre d’étendre le genou, etc. », détaille Henri Lorach, le scientifique qui a piloté cette étude dont les résultats ont été publiés en mai dernier dans la revue Nature. L’information récoltée est ensuite transmise à un pacemaker niché dans l’abdomen, lui-même relié à un champ d’électrodes en contact avec la moelle épinière sous la lésion, là où se situent les fibres nerveuses coupées du cerveau qui vont innerver les muscles des jambes. « Les nerfs reçoivent ainsi, de façon artificielle, le signal pour actionner de nouveau ces muscles. Et cela fonctionne ! C’est une première. Des groupes de chercheurs avaient déjà travaillé sur l’utilisation d’implants cérébraux pour contrôler un exosquelette ou un robot. Pas pour réactiver sa propre moelle épinière. »

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