Portrait

Philippe Serrano, docteur du Stade français : réparer le corps, soigner l’âme

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Philippe Serrano, docteur du Stade français : réparer le corps, soigner l’âme

Le docteur Philippe Serrano fréquente les stades, les salles d’opéra… et les penseurs antiques. ©Marie Genel pour PM

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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine « La mort, autant s’y préparer », en kiosque le 30 octobre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il accompagne les rugbymen professionnels comme les danseurs étoiles. Spécialiste de la réadaptation fonctionnelle, le docteur Philippe Serrano fréquente les stades, les salles d’opéra… et les penseurs antiques. Chez lui, philosophie et médecine marchent de concert.

 

Pour Platon, le bon dialecticien suit les « articulations naturelles » de la pensée, comme il découpe un poulet. Philippe Serrano est un familier de Platon, de la philosophie et des articulations. Expert dans le domaine de la rééducation, il rayonne avec sa barbe blanche de sage antique, comme illuminé par le ciel des idées. Le médecin soigne notamment les rugbymen du Stade français et les danseurs de l’Opéra de Paris. Nous nous sommes rencontrés autrefois grâce à l’un d’eux, autour d’un verre et d’une conversation… sur Plotin, un penseur de l’Antiquité tardive qu’il connaît sur le bout des doigts. En blouse ou en maillot, le praticien s’aventure sur le terrain en métaphysicien. Chez lui s’articulent les muscles et la pensée, qu’il préfère « ensoleillée ». Il le dit : « La plupart du temps, j’ai un grand plaisir de vivre », et il suffit de l’écouter pour s’en convaincre. 

L’émerveillement comme mode de vie commence dans son parcours par la découverte de la biologie, de l’anatomie, de la physiologie, et de « tout un tas de choses qui faisaient rêver. Il fallait étudier, cela me convenait bien. Au début, j’étais plutôt neurologue, puis j’ai opté pendant mon clinicat pour une spécialité de rééducation fonctionnelle, qui me paraissait plus dynamique ». Au même moment, il se met à lire des « ouvrages de vulgarisation sur Sénèque et Platon. C’est devenu une vie parallèle, car il faut bien vivre en marchant ! J’ai approfondi mes lectures à la mesure de mes enthousiasmes, en commençant par les Lettres à Lucilius. Une différence avec le développement personnel, qui donnerait des recettes de vie, est que la philosophie aboutit à un monde de pensée. J’ai donc navigué entre les différentes écoles, depuis l’époque axiale jusqu’aux néoplatoniciens. » 

L’époque axiale voit l’émergence de différents systèmes de pensée en Chine, en Inde et bien sûr en Grèce, grâce à Héraclite, Parménide ou Platon. Le néoplatonisme, lui, émerge quelques siècles plus tard, vers l’an 200. Il tente de concilier la philosophie de Platon avec la mystique orientale, inspirant la naissance du christianisme. « Je me suis arrêté chez Plotin. J’ai lu toutes les Ennéades, dans plusieurs traductions, dont celle du philosophe et historien Pierre Hadot. Ce magnifique vulgarisateur m’a amené beaucoup de bonheur en m’initiant à cette recherche exigeante de la vérité et à cette manière optimiste de vivre. C’est là où la philosophie rejoint la médecine. » Le docteur Serrano s’apprête à relire le sixième traité des Ennéades consacré à la conception de l’« Un » comme principe d’unité de tout, vers quoi l’Âme remonte en passant par l’Intellect. Plotin imagine là une forme d’ascension du corps vers l’esprit. « Chez ces philosophes, poursuit-il, la philosophie spéculative rejoint un art de vivre. Ce qui me passionne dans les écoles néoplatoniciennes, c’est leur côté ensoleillé, en mode ascensionnel, qui va vers une progression personnelle. Ce n’est pas une vision triste de la vie. » 

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