Cinéma
Jeanne Balibar. « J’essaie de me garder de toute idée a priori »
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Cet article est issu du numéro 8 de Philosophie magazine « 8 - avril 2007 », en kiosque le 27 mars 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après Va savoir, Jeanne Balibar renoue avec l’univers de Jacques Rivette. Dans son dernier film – Ne touchez pas à la hache – elle incarne une héroïne de Balzac, la duchesse de Langeais. Une femme qui a peur de s’abandonner.
De Paris nous appartient à Secret défense, en passant par La Religieuse ou L’Amour fou, Jacques Rivette, issu de la nouvelle vague, est l’un des réalisateurs français les plus singuliers, hanté par le théâtre et le secret. Interprété par Jeanne Balibar, Guillaume Depardieu, Bulle Ogier et Michel Piccoli, Ne touchez pas la hache porte magnifiquement à l’écran La Duchesse de Langeais de Balzac. Nouvelle écriture d’une affinité élective puisque Balzac a déjà inspiré à Rivette Out I et La Belle Noiseuse. Situé en pleine Restauration, La Duchesse de Langeais – qui initialement s’appelait Ne touchez pas la hache – narre l’histoire d’amour tragique entre Antoinette de Langeais, coquette parisienne épouse du duc de Langeais, et le général Armand de Montriveau.
Comment avez-vous préparé ce rôle d’héroïne balzacienne ?
Jeanne Balibar : Le livre de Balzac commence par une longue dissertation sur le fait que cette duchesse symbolise la Restauration. Pour une actrice, se proposer d’incarner une période historique et politique est impossible… Cela est beaucoup trop abstrait, général. Avant de tourner, j’essaie de me garder de toute idée a priori ; je ne cherche pas à donner un sens aux actions du personnage que je joue. J’aime être dans l’instant de la prise, dans le court laps de temps qui s’écoule entre « Moteur » et « Coupez ». Pour être le plus vierge possible à ce moment-là, j’aime laisser faire le personnage. Jacques Rivette a tenu à ce que nous tournions dans l’ordre chronologique de l’histoire, en commençant au début du flash-back et en terminant par les scènes du couvent. C’est un luxe car, en général, le plan de travail, régi par des contraintes matérielles, fait que l’on tourne dans le désordre. La duchesse très aliénée au début de l’histoire trouve sa vérité au fur et à mesure qu’elle se déroule : cela m’a intéressée d’être dans la même situation qu’elle, contrainte au début par un personnage qui m’était étranger, puis habitée petit à petit par la vérité de son histoire. Ce qu’il faut cultiver, ce sont des attitudes physiques, « physiologiques » comme dirait Balzac, une ouverture au sens des mots et à leur non-sens qui n’a rien à voir avec le fait de préparer des analyses. Je lis beaucoup, en suivant un fil intime. Je n’aime pas lire pour le travail. Je préfère faire appel à des idées ou des sensations de lectrice qui sont déjà en moi, plonger dans mes réserves, car il faut du temps pour s’approprier une idée ou une forme, une manière de dire les choses.