Jeep. L’animal magique

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Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment ce 4x4 conçu en temps de guerre a-t-il muté pour investir l’espace urbain ? Brève théorie de l’évolution des espèces automobiles.

Je ne sais qui a inventé l’idée selon laquelle un dieu aurait créé des espèces animales, et, au-dessus d’elles, les maîtrisant et les assujettissant, une espèce supérieure, celle des hommes… sans doute un Sapiens sapiens très ancien. Pourtant, cette idée n’est ni un mythe ni une légende, mais la description d’une activité technique bien réelle.

En vérité, ce sont les hommes qui créent des espèces, les font évoluer selon des mécanismes d’une sélection plus ou moins « naturelle », mais il s’agit de générations d’objets.

1940. Se préparant à la guerre, l’administration militaire américaine décide de remplacer les antiques Ford T et les side-cars par un véhicule spécifique dont elle dresse le cahier des charges. Il s’agira d’une automobile à quatre roues motrices, capable de transporter quatre hommes et 270 kilogrammes de paquetage sur n’importe quel terrain d’opération. Il devra être court (2 mètres d’empattement, soit la distance entre les axes d’essieux), étroit, de manière à pouvoir emprunter les rails du train. Sa hauteur ne devra pas excéder 1 mètre. La rigueur de la sélection, la précision des exigences, l’évidence des tâches à accomplir concourent à la production d’un véhicule parfait. Du reste, il l’est tellement que plus de 650 000 Jeep seront produites durant la guerre – plus que n’importe quel autre véhicule militaire.

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