Le grand oublié

Johann Martin Chladenius : recours aux sources

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Johann Martin Chladenius : recours aux sources

Johann Martin Chladenius. © William L. pour PM

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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour cet esprit des Lumières, l’histoire est confrontation et interprétation des points de vue plutôt que marche immuable vers le progrès. Une vision scientifique trop en avance sur son temps ?

 

Qui es-tu, Johann Martin Chladenius ?  

Chladenius (1710-1759) incarne l’esprit de raison de l’époque des Lumières. Après avoir fréquenté l’université de Leipzig et le Gymnasium Casimirianum de Coburg, il se consacre à la théologie, à la poésie et à la rhétorique, disciplines qu’il enseigne à l’université d’Erlangen, en Bavière. C’est donc sans formation d’historien qu’il développe une méthode l’imposant comme l’un des pères de la science historique moderne mais aussi comme le fondateur de l’herméneutique philosophique. Du nom du dieu grec Hermès, messager et interprète des dieux, elle consiste à enquêter sur le sens d’un texte. Chladenius, convaincu qu’en histoire, tout est question d’interprétation, anticipe sur les approches de Friedrich Nietzsche ou de Michel Foucault.

L’œuvre de Chladenius reste inédite en français, bien qu’elle jouisse d’un regain d’intérêt en Allemagne et dans le monde anglo-saxon. Grand absent des encyclopédies, il est supplanté dès son époque par des figures comme Lessing ou Goethe. Mais ce qui va l’éclipser, c’est l’essor d’un courant de pensée influent en Allemagne dans la première moitié du XIXe siècle, l’« historisme ». Il s’agit d’une sorte de mariage de l’histoire et de l’idéalisme, qui se propose de raconter la succession des âges de l’humanité comme une marche vers le progrès et un avènement progressif de la rationalité. Rien n’est plus éloigné de la démarche de Chladenius pour qui, en histoire, il n’y a ni progression ni transcendance – au lieu de quoi il propose une doctrine des points de vue. Ce n’est qu’à partir des critiques de l’idéalisme menées par Marx ou par Nietzsche que de nouveaux auteurs renoueront avec la méthode de Chladenius, plus proche des sources et de leur caractère incertain… sans même l’avoir lu ! Selon l’historien allemand Ernst Bernheim (1850-1942), il est « le premier à avoir tenté de définir, de manière très précise, la relation de la méthode historique à l’épistémologie générale et à la logique ». Il apparaît ainsi comme un visionnaire, dont le principal défaut est d’avoir eu un siècle d’avance. 

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