Jon Elster : « Les comportements désintéressés sont indispensables au bon fonctionnement des sociétés »

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Jon Elster : « Les comportements désintéressés sont indispensables au bon fonctionnement des sociétés »

Jon Elster en 2015 © Paolo Verzone / Agence Vu pour PM

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe et sociologue américain d’origine norvégienne, spécialiste du marxisme et de la critique de la théorie des choix rationnels, Jon Elster enseigne à l’université de Columbia. Il a fait paraître au Seuil en 2009 un livre intitulé “Le Désintéressement”.

Dans Le Désintéressement, vous remettez en question l’idée de « l’homme économique ». En quel sens ?

Jon Elster : Je ne m’intéresse pas exclusivement à l’économie, mais à l’analyse des comportements humains, aussi bien économiques que non économiques. Il y a ainsi une analyse économique du suicide, du mariage, de la fréquence d’aller à la messe, etc. Ce que je conteste, c’est la vision de l’homme intéressé et rationnel qui sous-tend ces analyses. Elle me semble pauvre et fausse. Son principal défaut est qu’elle n’intègre pas les émotions. Et toutes les tentatives faites pour modifier la théorie du choix rationnel en ce sens ont échoué. Pensez à la rationalité supposée des consommateurs. Quand on évoque dans les pays anglo-saxons le comparison shopping, le fait d’aller de magasin en magasin pour trouver le meilleur prix d’un bien, on oublie toujours de prendre en compte le temps que nécessite cette recherche. Cette démarche est donc beaucoup moins rationnelle qu’elle en a l’air. Y a-t-il, au demeurant, démenti plus cinglant de l’idée selon laquelle le capitalisme et les agents sont rationnels que la crise financière actuelle ?

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