Julien Gosselin, dans la bataille littéraire
« Joueurs, Mao II, Les Noms »., adaptation et mise en scène de Julien Gosselin © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
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Après deux succès au Festival d’Avignon, le jeune metteur en scène revient pour la troisième fois avec une création encore plus radicale, suivie d’une tournée en France. Il adapte trois romans de Don DeLillo, mettant le spectateur à l’épreuve du temps, qu’il pousse aux limites de la raison, au risque de l’ennui et de l’incompréhension. Mais il ouvre aussi de nouvelles voies pour le théâtre et dégage un horizon pour la réflexion.
« J’ai besoin de me sentir face à une ambition démesurée, d’avoir un interlocuteur qui m’étonne et suscite toujours une aussi forte puissance de tentation », nous confiait Julien Gosselin, en 2016. Après avoir fait un sort à 2666, le roman fleuve de Roberto Bolaño, le jeune metteur en scène a retrouvé cette ambition chez l'écrivain américain Don DeLillo, dont il adapte trois romans au Festival d’Avignon : Joueurs, Mao II, Les Noms. Avec DeLillo, il sonde de nouveau le rapport entre la violence et la littérature, les ressorts archaïques de la peur et les raisons du terrorisme.
Art total
Cette colossale adaptation tend à l’art total : théâtre, musique et cinéma ; elle renouvelle les formes de la représentation et transforme « l’objet théâtral ». Car Julien Gosselin ne cherche pas à gommer la dimension romanesque du spectacle, il n’efface ni les circonlocutions ni les confusions présentes chez Don DeLillo. Il suit un fil fictionnel sans linéarité (les trois romans n’ont de liens que souterrains), sans s’inquiéter des ruptures narratives. Nuls grands effets : privilégiant une scénographie ingénieuse et modulable, due à Hubert Colas, et un travail remarquable sur l’image, il met la troupe en majesté sur scène et sur les écrans. De la trempe des plus grandes compagnies européennes, elle réalise un extraordinaire exercice d’interprétation, traversant cette demi-journée de représentation avec une constance remarquable. Le metteur en scène cite l’un des derniers film de Jean-Luc Godard, Adieu au langage, comme un exemple, parce qu’il interroge le lien entre l’image et le mot.